‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 28 sur 74 · RECLUSE · texte numérisé non relu

RECLUSE

Hélas ! Pourquoi nos cœurs se sont-ils détrompés? Vos cheveux blonds, voilà qu'on vous les a coupés ; Votre bouche est pareille aux roses défleuries, Et vos yeux, vos yeux froids comme des pierreries, Vous ne les levez plus de votre chapelet. Dans le cloître lointain où Dieu vous appelait, Sous la lampe du chœur, pâle et mystique étoile. Vous avez prononcé les vœux et pris le voile; Christ vous est apparu dans sa gloire d'Époux, Et le terrestre rêve est achevé pour vous. i Adieu ! Ce triste cloître aux verrières disjointes, Avec ses buis fanés pendant au bout des pointes,

Ses dalles, ses murs blancs et son austérité,

11 vaut le monde, il vaut le monde en vérité !

Mais moi, mes pieds meurtris n'ont pu trouver leur roi

Hélas! à tant errer leur force s'en va toute.

O silence du cloître ! O repos ! O douceur !

Tendez-moi voire main, secourez-moi, ma sœur!

A matines, quand l'aube argenté les verrières,

Que mon nom quelquefois passe dans vos prières :

Si nul être vivant n'y doit être nommé.

Dites-le comme on dit le nom d'un mort aimé ;

Si la règle veut plus encor, docile au blâme,

Priez Dieu seulement pour le salut d'une âme

Et, sans la désigner autrement à Celui

Qui VfOit tout, en cette âme où nul rayon n'a lui,

Ravivez, sous l'ardeur de vos saintes pensées,

Le lys éblouissant des croyances passées !

LES VIOLIEliS

Ne retire pas ta douce main frêle ; Laisse sur mes doigts tes doigts familiers : On entend là-bas une tourterelle Gémir sourdement dans les violiers.

Si près de la mer que l'embrun les co uvre Et fane à demi leurs yeux violets, Les fragiles fleurs consolaient à Douvre Un royal enfant captif des Anglais.

Et, plus tard encor, je sais un jeune homme, Venu fier et triste au val d'Arguenon, Dont le cœur se prit à leur tiède arôme Et qui soupirait en disant leur nom.

Ainsi qu'à Guérin et qu'au prince Charle, Dame qui te plais sous ce ciel brumeux, Leur calice amer te sourit, te parle Et de son odeur t'enivre comme eux.

C'est qu'un soir d'été, sur ces mêmes grèves, Des touftes d'argent du mol arbrisseau Se leva pourtoi le plus doux des rêves Et que notre amour les eut pour berceau.

Et peut-être bien que les tourterelles Ont su le secret des fragiles fleurs : Un peu de ton âme est resté sur elles Et dans leur calice un peu de tes pleurs.

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A Armand Dayoi.

Une aube de douceur s'éveille sur la lande : Le printemps de Bretagne a fleuri les talus. Les cloches deKer-Is l'ont dit jusqu'en Islande Aux pâles « En-Allés» qui ne reviendront plus.

Nous aussi qui vivons et qui mourrons loin d'elle, Loin de la douce fée aux cheveux de genêt, Que notre cœur au moins lui demeure fidèle : Renaissons avec elle à l'heure où tout renaît.

i. Pièce dite au premier àXwtx àt% Bretons de Pans.

O printemps de Bretagne, enchantement du monde! Sourire virginal de la terre et des eaux! C'est comme un miel épars dans la lumière blonde: Viviane éveillée a repris ses fuseaux.

File, file l'argent des aubes aprilines ! File pour les landiers ta quenouille d'orfin ! De tes rubis, Charmeuse, habille les collines ; Ne fais qu'une émeraude avec la mer sans fin.

C'est assez qu'un reflet pris à tes doigts de flamme, Une lueur ravie à ton ciel enchanté, Descende jusqu'à nous pour rattacher notre âme A l'âme du pays qu'a fleuri ta beauté !

TRITTYQJJE

A Rémy Saint-Maurice,

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