‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 39 sur 74 · L'ILE DES SEPT-SOMMEILS · texte numérisé non relu

L'ILE DES SEPT-SOMMEILS

L'île de Sein. — Énez-Sun, l'ile des Sept-Sommeils, — aux premiers temps de la légende celtique. Une dune roussie. L'ajonc ; la mer; les brisants. Par l'étroite chaussée marine, une petite vieille, tassée, flétrie, se traîne. Le soir tombe: elle atteint la dune, s'arrête et embrasse désespérément le sinistre paysage.

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URGANDE

Ici la terre meurt ; ici finit ma route. Celui que je cherchais, je ne l'ai pas trouvé.

i6o l'île des sept-sommeils

Myrdhynn, ma force s'en va toute :

N'accable pas un cœur déjà tant éprouvé ! Hélas ! Je pèse moins dans tes mains redoutables Qu'au vent des nuits d'hiver la paille des étables

Ou l'humble grain de sénevé.

Je t'appartiens. Je suis la cendre au creux de l'urne;

Je suis Tagneau, toi le lion.

O Ténébreux, ô Taciturne, Tu m'as prise sans bruit comme un voleur nocturne, Tandis que je dormais dans les bras de Gwion. Nos destins sont pareils ; pareils furent nos crimes :

Perdus au fond de notre amour,

Ni lui, ni moi nous n^entendîmes

L'appel magique de tes rimes, Tintant sur la forêt dans le déclin du jour. Fatal oubli dont nous portons la peine !

Bondissant du sombre ravin, Tu parais et, foulant notre lit de verveine. Tu m'arraches des bras qui me pressaient en vain, Pour me jeter, pleurante et nue et qui frissonne, Sur une route morne où ne passait personne. « Va-t'en devant toi, va, me dis-tu. Marche ainsi Mille ans ! Cherche partout, dans le vent et la brume,

Dans le labeur et le souci, Celui dont le regret vainement te consume

Et que j'exile aussi.

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