‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 8 sur 74 · TRIOLETS A MA MIE · texte numérisé non relu

TRIOLETS A MA MIE

Je voudrais mourir à présent

Pour vous avoir près de ma couche,

Allant, venant, riant, causant.

Je voudrais mourir à présent,

Pour sentir en agonisant

Le souffle exquis de votre bouche.

Je voudrais mourir à présent

Pour vous avoir près de ma couche.

S'il fallait, comme au temps jadis, Franchir des monts, sauter des fleuves, Combattre en plaine un contre dix, S'il fallait, comme au temps jadis, Jouer pour vous les Amadis, Mon cœur bénirait ces épreuves.

S'il fallait, comme au temps jadis, Franchir des monts, sauter des fleuves.

Jasmins d'Aden, œillets d'Hydra Ou roses blanches de l'Ecosse, Fleurs d'églantier, fleurs de cédrat, jasmins d'Aden, œillets d'Hydra, Dites-moi les fleurs qu'il faudra, Les fleurs qu'il faut pour notre noce.

Jasmins d'Aden, œillets d'Hydra, Ou roses blanches de l'Ecosse.

l6 AMOUR BRETON

Sur les lacs et dans les forêts, Pieds nus, la nuit, coûte que coûte, J'irais les cueillir tout exprès, Sur les lacs et dans les forêts, Hélas ! et peut-être j'aurais Le bonheur de mourir en route.

Sur les lacs et dans les forêts, Pieds nus, la nuit, coûte que coûte.

"BT^ETOVSQ^D^E T>E TqA%IS

Seul un plus ferme accent annonçait le pays, Mais c'e'tait une grâce encore...

Brizeux.

Hélas î tu n'es plus une paysanne; Le mal des cités a pâli ton front, Mais tu peux aller de Paimpol à Vanne, Les gens du pays te reconnaîtront.

Car ton corps n'a point de grâces serviles ; Tu n'as pas changé ton pas nonchalant; Et ta voix, rebelle au parler des villes, A gardé son timbre augurai et lent.

l8 AMOUR BRETON

Et je ne sais quoi dans ton amour même, Un geste fuyant, des regards gênés, Évoque en mon cœur le pays que j'aime, Le pays très chaste où nous sommes nés.

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visio:^(^

Un soir j'ai vu ton âme aux feux blancs d'une étoile.

M"* Desbordes-Valmore.

Comme elle a le cœur épris De la tristesse des grèves, Je crois souvent dans mes rêves Qu'elle n'est plus à Paris.

Je lui vois la coiffe blanche Et le Justin lamé d'or Dont les filles du Trégor Se pavoisent le dimanche.

Et, son rosaire à la main, Elle marche, diaphane, Vers une église romane Qui s'estompe à mi-chemin,

Oh ! ce toit rongé de lèpres, Ces murs taillés en plein roc !

C'est l'église de Saint-Roch Où les chrétiens vont à vêpres.

Toujours pieuse de cœur, Elle entre avec eux, se signe Et, courbant son cou de cygne, S'agenouille au bas du chœur.

Et je suis là derrière elle.

Derrière elle, tout tremblant.

Son teint de lis est si blanc Qu'elle a l'air surnaturelle I

LqA-'BqAS

Pontum aspeciabant fientes.

Virgile.

Les Bretonnes au cœur tendre Pleurent au bord de la mer ; Les Bretons au cœur amer Sont trop loin pour les entendre.

Mais vienne Pâque ou Noël, Les Bretons et les Bretonnes Se retrouvent près des tonnes D'eau-de-vie et d'hydromel.

La tristesse de la race S'éteint alors dans leurs yeux ; Ainsi les plus tristes lieux Ont leur sourire et leur grâce.

Mais ce n'est pas la gaieté Aérienne et sans voiles Qui chante et danse aux étoiles Dans les belles nuits d'été.

C'est une gaieté farouche.

Un rire plein de frissons, Ferment des âpres boissons Qui leur ont brûlé la bouche.

Plaignez-les de vivre encor; Ce sont des enfants barbares.

Ah ! les dieux furent avares Pour les derniers-nés d'Armor !

SU% LqA "BEIGVSiE

IlaTiaTra, tiàÉwç ]xiv oïvou

FavujjLat.

Euripide,

Nous sommes partis ce matin, Sans savoir où, pédétentin,

Au diable!

J'en étais moi-même effaré, Tant la route avait un air e-

ffroyabJe !

Des flaques, de la boue, et puis Un ciel noirâtre comme un puits

De mine, Ce ciel mi-breton, mi-normand, Qui fait perpétuellement

Lamine.

Ajoutez, surcroît de malheur, Nous crachant au visage leur

Décharge, Sur nos côtés, sur nos devants, Le tourbillon des âpres vents

Du large !

Mais, si noir, si triste et si laid Que fût le chemin, il fallait

Voir comme Nous étions, quoique fatigués.

Gais, très gais, énormément gais

En somme !

Nanette a des goûts vagabonds, Qui la poussent par sauts et bonds,

Sans crainte Que son pied ne heurte un caillou Qui rérafle, quil'éraille ou

L'éreinte.

Moi-même j'ai, pour ces jours-là, Outre mon béret de gala, Des bottes

SUR LA BEIGNE

Qui ne m'abandonnent jamais Dans le cours sinueux de mes Ribotes.

Or, tandis que nous dévalons Par les taillis et les vallons

Que baigne, Jusqu'à son prochain confluent, De son flot visqueux et gluant,

La Beigne,

Nous faisons, comme des marmots, Des phrases sans queue et des mots

Sans tête, Moi, lui disant : «Turlututu ! v> Elle, me répondant: « Que tu

Es bête! »

Ainsi vont nos pas imprudents.

Qu'importe qu'on patauge dans

La boue ?

Quand on a le cœur plein d'azur.

Qu'importe un soufflet du vent sur

La joue ?

LEVEIl 'B'qAU'BE

Les coqs ont sonné la diane.

Gabriel Vicaire.

L'horloge a tinté quatre fois.

Qu'est-ce donc, ces folles risées?

Comme un cygne aux ailes rosées, L'aurore glisse au ras des bois.

Ce sont les filles de Pont-Croix Qui caquettent à leurs croisées.

L'horloge a tinté quatre fois...

Qu'est-ce donc, ces folles risées ?

LEVERDAUBE 2']

Et c'est mon coq — le bon Gaulois ! — Qui lance, comme des fusées, Emmi son trio d'épousées, Les gammes claires de sa voix.

L'horloge a tinté quatre fois.

LES TEUTLIETIS T>E K E I^Q/Î C^^I^O U X

Mirages automnaux des arbres effeuillés.

Henri de Régnier.

Le soir a tendu de sa brume Les peupliers de Keranroux.

La première étoile s'allume :

Viens-t'en voir les peupliers roux.

Fouettés des vents, battus des grêles, Et toujours sveltes cependant, Ils lèvent leurs colonnes grêles Sur le fond gris de l'occident.

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