‹ Poésies complètesChapitre 14 sur 115 · LA-BAS · texte numérisé non relu

LA-BAS

Ponlum aspectabant fientes.

Virgile.

Les Bretonnes au cœur tendre Pleurent au bord de la mer; Les Bretons au cœur amer Sont trop loin pour les entendre.

Mais vienne Pâque ou Noël, Les Bretons et les Bretonnes Se retrouvent près des tonnes D'eau-de-vie et d'hydromel.

La tristesse de la race S'éteint alors dans leurs yeux; Ainsi les plus tristes lieux Ont leur sourire et leur grâce.

Mais ce n'est pas la gaieté Aérienne et sans voiles Qui chante et danse aux étoiles Dans les belles nuits d'été.

C'est une gaieté farouche, Un rire plein de frissons, Ferment des âpres boissons Qui leur ont brûlé la bouche.

Plaignez-les de vivre encor; Ce sont des enfants barbares, Ahî les dieux furent avares Pour les derniers-nés d'Armor!

SUR LA BEIGNE

ràvutxa'..

Euripide.

Nous sommes partis ce matin, Sans savoir où, pédétentin,

Au diable !

J'en étais moi-même effaré, Tant la route avait un air e-

ffroyable!

Des flaques, de la boue, et puis Un ciel noirâtre comme un puits

De mine, Ce ciel mi-breton, mi-normand, Qui fait perpétuellement

La mine.

Ajoutez, surcroît de malheur, Nous crachant au visage leur

Décharge, Sur nos côtés, sur nos devants, Le tourbillon des âpres vents

Du large!

Mais, si noir, si triste et si laid Que fût le chemin, il fallait

Voir comme Nous étions, quoique fatigués, Gais, très gais, énormément gais

En somme!

Nanette a des goiàts vagabonds.

Qui la poussent par sauts et bonds,

Sans crainte Que son pied ne heurte un caillou Qui rérafle, qui l'éraille ou

L'éreinte.

Moi-même j'ai, pour ces jours-là, Outre mon béret de gala.

Des bottes

SUR LA BEIGNE

Qui ne m'abandonnent jamais Dans le cours sinueux de mes Ribotes.

Or, tandis que nous dévalons Par les taillis et les vallons

Que baigne, Jusqu'à son prochain confluent.

De son flot visqueux et gluant,

La Beigne,

Nous faisons, comme des marmots, Des phrases sans queue et des mots

Sans tête, Moi, lui disant : « Turlututu! »

Elle, me répondant : « Que tu

Es bête! »

Ainsi vont nos pas imprudents.

Qu'importe qu'on patauge dans

La boue ?

Quand on a le cœur plein d'azur.

Qu'importe un soufflet du vent sur

La joue?

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