‹ Poésies complètesChapitre 32 sur 115 · LA FLEUR · texte numérisé non relu

LA FLEUR

Qui t'a fait la douleur t'a laissé les remèdes. Théophile de Viaud.

J'ai vécu. Ce n'est pas que la mort m'épouvante. Mais en sondant mon cœur j'ai vu qu'à ses parois La fleur de poésie était toujours vivante, Dieu bon! et que jamais sur sa tige mouvante N'avaient autant germé de boutons à la fois. Elle avait pris racine au milieu des décombres. Ce n'était autour d'elle et près d'elle affaissés Que spectres, revenants, esprits, fantômes, ombres, Tumultueux chaos d'apparitions sombres, Où je reconnaissais tous mes rêves passés.

6o AMOUR BRETON

Chacun d'eux m'appelait; chacun d'eux sous son aile

Montrait le trou béant de quelque trahison.

Vains efforts! Ils n'ont pu détacher ma prunelle

De la rose d'Éden, de la rose éternelle,

Qui poussait en mon cœur sa libre floraison!

Et je n'ai pas eu tort, n'est-il pas vrai, mon frère,

De comprimer en moi tout élan téméraire.

De planter mes deux poings au fond de mes deux yeux,

De fermer mon oreille aux voix du suicide

Et d'invoquer si haut la Muse au front placide

Qu'elle ait à mon appel abandonné les deux!

LE BOIS DORMANT

éi

A la mémoire de ma mère

Ch. L. g.

A Anatole Le Braz.

Vois. Un ciel cuivré d'automne Et, sous ce ciel presque roux, Un bois léthargique et doux, Des fleurs, et la mer bretonne.

Les fleurs vont mourir; le bois Est gardé par une fée.

Mais une plainte étouffée Déchire l'ombre parfois :

66 LE BOIS DORMANT

La mer! Sous sa rauque haleine,

Le bois chante sourdement.

- Mon cœur est ce Bois dormant

Écoute chanter sa peine.

A Anatole France.

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