RONDES
A Frédéric Plessis.
Tes pieds sont las de leurs courses.
Voici le temps des regrets.
L'automne a troublé les sources Et dévêtu les forêts.
Toutes les fleurs que tu cueilles Meurent dans tes doigts perclus.
Comme elles tombent, les feuilles, Au bois où tu n'iras plus!
So RONDES ET CHANSONS
L'automne, hélas! c'est l'automne.
Songe aux longs soirs attristants.
Là-bas, en terre bretonne, Les glas tintent tout le temps.
Ils tintent pour l'agonie Des fleurs que tu préférais.
Ah! ta moisson est finie!
Voici le temps des regrets...
Couche-toi devant ta porte.
Voici le temps des adieux.
Ecoute au ras de l'eau morte Siffler les tristes courlieux.
Ils traînent leurs ailes brunes Et leur long corps efflanqué Sur la torpeur des lagunes Entre Perros et Saint-Ké.
RONDES Si
Mais demain, ce soir peut-être, Tous ces longs corps amaigris, Tu les verras disparaître Un par un dans le ciel gris.
O l'amère parabole!
Éteignez-vous, pauvres yeux!
Les courlis gagnent le pôle :
Voici le temps des adieux...
A Pierre Laurent.
On les voit s'en venir en bandes, A la prime aube, tout le long, Le long des palus et des landes,
Glissant de-ci, de-là, selon
Leur humeur folâtre et changeante.
Et tout bleus dans le matin blond.
O les dunes que l'aube argenté!
Les genêts fleuris qu'un par un Frôle leur aile diligente!
Et, là-bas, couchés dans l'embrun, Sous leur fourrure d'algues lisses, Les lourds rochers de granit brun
C'est l'heure pleine de délices, L'heure 011 s'épanche en larmes d'or La rosée au fond des calices;
Et c'est l'heure, plus douce encor, Où le premier flot monte et lèche Vos pieds blancs, grèves de l'Armor.
La brise du large est si fraîche!
Il fait si doux, si bon, là-bas Où les courlis sont à la pêche!
Et voilà, sans autres débats, Nos lutins partis en maraude Du côté d'Erech ou de Batz.
Longtemps sur la mer d'émeraude,
Ainsi que des bleuets ailés,
Leur vol incertain tremble et rôde.
Mais ceux qu'une lame a frôlés Sentent bientôt l'éclaboussure Alourdir leurs corps fuselés.
Même au temps où juillet azuré Ses remous et ses tourbillons, La mer est changeante et peu sûre.
Déserteurs des calmes sillons, Vous êtes pareils à mes rêves.
Papillons bleus, ô papillons!
Luise quelque aube aux clartés brèves Penchant ses yeux meurtris et doux Sur le glauque miroir des grèves,
C'est assez pour eux et pour vous :
Leur cavalcade trébuchante Coupe l'infini de bonds fous.
Ils vont! Ils vont! La vague chante Sous leur essor aventureux...
Papillons de la mer méchante,
j'ai peur pour vous, j'ai peur pour eux!