‹ Poésies complètesChapitre 85 sur 115 · ALÉSIA · texte numérisé non relu

ALÉSIA

A Fernand Mazade.

A lutter contre toi d'où vient que je m'obstine,

O sang celte qui bats en ma veine latine,

Si, pour rendre à ton flot sa native âcreté,

11 m'a suffi de voir au fond du crépuscule,

Comme au fond d'un immense et brumeux ergastule,

La lune d'août ouvrir son œil ensanglanté?

Entre les fûts des pins qui rayaient son orbite Et semblaient les barreaux d'une herse subite Que l'on eût abaissée aux deux côtés du rail, Tandis que nous roulions vers la Ville Eternelle, Elle collait sa rouge et tragique prunelle, Comme un Gaulois blessé derrière un soupirail.

Et j'ai senti que Rome et la molle Italie

Et Florence, oii l'automne est sans mélancolie,

Et Baïes, dont tout cœur d'amant s'extasia,

Dans mon âme d'un soir s'étaient soudain voilées

Et qu'en elle un vaincu des anciennes mêlées

Pleurait encor, pleurait toujours Alésia.

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