‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 36 sur 110 · A JUANA · texte numérisé non relu

A JUANA

ciel, je vous revois, madame — Pe tous les amours de mon âmë , Vous le plus fendre et le premier.

Vous souvient-il de^notre histoire?

Moi , j^en ai gardé la mémoire :

C'était , je crois , Vé^f dernier.

' Âh ! marquise, quand un "Jf ]^nse , Ce temps qu'en folie on dépense, Gomme il nous échappe et nous fuit !

Sais-tu bien^ ma vidlle maîtresse , Qu'à l'hiver , sans qàHl y paraisse, J'aurai vingt ans , et toi dix-hûît?

Eh bien 1 mamour^ sans flatterie,

Si ma rose est un peu pâlie ,

Elle a eonservé sa beauté. *

Enfant! jamais tête* espagnole

Ne.fut si belle, ni si folle —

Te souviens-tu de cet été?

De nos soirs , de notre querelle ?

Tu me donnas , ]e me rappelle , Ton collier d'or pour m'apaiser , — Et pendant trois nuits , que je meure , Je m'éveillais tous les quarts d'heure , Pour le voir et pour le baiser!

Et ta duègne , 6 duègne damnée 1 Et la diabolique journée

POËSIËS DIVËRSRS. Ul

Qù tu pensas faire mourir , ^

ma perle d'Aâéalousie , Ton vieux mari de jalousie , Et ton jeune amant de plaisir !

Ahl prenez-y garde, marquise, Cet amour-là , quoi qu^on en dise , Se retrouvera quelque jour.

Quand un cœur vous a contenue, Juana , la«place est devenue Trop vaste pour un autre amour.

Mais que dis-je? ainsi va le monde.

Comment lutterais- je avec l'onde Dont les flots ne reculent pas?

Fecine tes yeux , tes bras , ton âme ; Adieu, ma vie, — adieu , madame.

Ainsi va le monde ici-bas.

Le temps emporte sur son aile Et l^prin temps et l'hirondelle , Et ]fii vie et les jours perdus ; Tout s^en va comme la fumée , L^espérance et la renommée , ft moi qui vous ai tant aimée, Et toi qui ne t'en souviens plus!

nN DE LA PREMIERE PARTIE.

|»SUXIEME PARTIE.

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