‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 48 sur 110 · GUNTHER · texte numérisé non relu

GUNTHER

Ne les suivez-voust pas, seigneur, sous ce portique? mon maître , an milieu d'une fête publique ,

It3 POÉSIES.

Qui d^uii a jus^ coup frappe à^ ennecni&, Avez-vous distingué iex^ur de vos amis?

Hélas I les yrals amis se taisent dans la foule ; « 11 leur faut, pour s'ouvrir , que ce ^aia flot s'écoule. mon frère, ô mon maître ! its t'ont proclamé ro> ! ^ Dieu merci , quoique vieux , je puis encor te suivre , ^^' Jeune soleil levant, si le ciel me fait vivre. Je ne suis qu'un soldat, seigneur, excusez-moi. Mon amitié vous blesse , et vous est importune. t Ne partagez- vous peint l'allégresse commune?' Qui vous arrête ici? Yous.deyez être las.

Jba peine et le danger font les joyeux repas. ^ ' LE CH<»UR , dans la 4kaison.

Chantons et faisons vacarme, Comme il* convient à de dignes buveurs.

Vivent ceux que le vin désarme !

Les jours de combat ont leur charme;

Mais la paix a bien ses douceurs.

GUNTBER.

Seigueur, mon cher seigneur, pourquoi ces regards sobres? Lé vin coule et circule. — Entendez- vous ces chants ^"* Des convives joyeux je vois flotter les ombres Derrière ces viti^aux de feux resplendissants.

LE CHOEUR , à la fenêtre, • Frank, pourquoi tafirdes-tu? — Gunther, si notre troupe Ne fait pas, sous ce toit ^ peur à vos cheveux blancs, Soyez -le bienvenu pour vider une coupe.

Nous sommes assez vieux pour oublier les ans.

«UNTHËR.

La pâleur de la mort est sur votre visage , Seigneur. — D'iin noir souci votre esprit occupé Méconnait-il ma voix? — De quel sombre nuage Les rêves de la nuit l'ont-ils enveloppé?

FRANK

Fatigué de la route et du bruit de la guerre, Ce matin de mon camp je me suis écarté :

UN SPECTACLE BANS tN FAUTEUIL. 189

J'avais soif; inon cheval marchait dans la poussière ,

Et sur le hori d^tin puits je me suis arréic.

J*ai trouvé sur un banc une femme endormie,

Une pauvre laitière, un enfant de quinze ans,

Que je connais, Gunther. — Sa mère est mon amie.

J^ai passé de beaux jours chez ces bons paysans.

Le cher ange dormait les lèvres ^emi-closes. —

( Les lèvres des enfants s'ouvrent , comnie les roses ,

Au soufOe de la nuit. ) — Ses petits bras lassés

Avaient dans son panier roule les mains ouverte^. '

D'herbes et d'églantiné elles clatent couvertes. -1'

Ôq quel rave enfantin ses sens étaient bercés ,

Je Fignore. — On eût dit qu'en tombant sur sa coudie,

Elle avait à moitié laissé quelque chanson

Qui revenait enoor voltiger sur sa bouche,

Comme tia oiseau léger sur la lleur d'un buisson.

Nous étions seuls. — J'ai pris sesdeuxmamsdanslesmiennes;

Je me suis incliné, — sans réveiller pourtant. —

Gunther! j'ai posé mes lèvres sur les siennes,

Et puis je suis parti , pleurant comme un enfant.

MIOtH

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