XLVII
Ah! c'est un [;rnnd malheur, quant) nn a le Que ce lien de Ter que la nature a mis Enlie l'àme et le coips , ce» frwe» ennemis Ce qui m'élonne, m<ii, c'est que Dieu l'ail Voilà le nœud gordien qu'il fallail qu'Alex Itnniptt de ton cpée , et réduisît en cendre.
L'âme et Iccor)», hélas! ils iront iteux fi deux,
Tanl que le monde iia, — pas à pas, — cAle à eftte, —
Comme s'en vont les vci-s elassiques el les bipur» ;
L'un disant: «Tu fuis mal! • et l'uulrr: "C'est tu r^tcto
Ah ! misérable hôtesse , <'t plus misérable hôle !
Ce n'est vraiment pas vrai que tout soit pour leniicui.
Et la preuv», lecteur, la preuve irricusalile
Que re monde est mauvais, c'est que pour y rester
Il a QÎttu s'en faire un autre et l'iuvenler.
Un autre ! — mouile étrange , absurde , înhaliilahlc ,
El qiii , pour valoir mieux que le seul véritable ,
N'a pas même un instant eu besoin d'exister.
Oui, oui, n'en dontex pas, t'est un plaisir perfide Que d'enivrer so^pie aver le vin des sens.
Que de baiser au front la volupté timide, Et de laisser tomber , comme la jeune Elfride , La clef d^or de son cœur dans les eau\ d(?» torrenls. Heureui celui qui met, dans de pareils moments ,
LU
Comme ce vieux visir qui gardait sa sultane , La lame de son sabre entre ^ne femme et lui ! Heureux Tautel impur qui n^a pas de profane!
Heureux Thomme indolent pour qui tout est tini *Quand le plaisir s^émousse, et que la courtisane N'a jamais vu pleurer après qu'il avait iri!
Ah ! Tabirae est si grand ! la pente est si glissante! Une maîtresse aimée est si près d'une sœur I Elle vient si souvent, plaintive et caressante, Poser, en chuchotant, son cœur sur votre cœur ! L'homme est si faible aloi^! la femme est si puissante ! Le chemin est si doux du plaisir au bonheur!
Pauvres gens que nous tous! — Et celui qui se livre, De ce qu'il aura fait doit tôt ou tard gémir ! La coupé est là^ brûlante, — et celui qui s'enivre Doit rire de pitié s'il ne veut pas frémir ! ^
Voilà le train du monde , et ceux qui savent vivre Vous diront à cela qu'il valait mieux dormir.
Oui , dormir — et rêver! — r Ah ! que la vie est belle , Quand un rêve divin fait sûr sa nudité
Pleuvoir les rayons d'or de son prisme enchanté ! , Frais comme la rosée , et Gis du ciel comme elle! Jeirne oiseau de la nuit, qui, sans mouiller son aile, Voltige sur les mers de la réalité! •
Ah ! si la rêverie était toujours possible! '
Et si le somnambule, en étendant la main ,
Ne trouvait pas toujours la nature inflexible
Qui lui heurte le front contre un pilier d^airain ! .
Si l'on pouvait se faire une armure insensible !
Si l'on rassasiait Tamour comme la faiml
Pourquoi Manon Lescaut, dès la première scène,
Est-elle si vivante et si vraiment humaine ,
Qu'il.semble qu'o* Ta vue , et que c'est un portrait?
Et pourquoi THéloïse est-elle uue ombre vaine
Qu'on aime sans y croire , et queUul ne connaît? ^ »
Ah! rêveurs j ah! rêveurs, que vous avons- nous fait?
Pourquoi promenez-vous ces spectres de lui||ièi'e Devant le rideau noir de nos nuits sans sommeil , Puisqu'il faut qu'id-bas tout songe ait son réveil , * Et puisque le désir se sent cloué sur terre , Comme un aigle blessé qui meurt dans la poussière , L'aile ouverte, et les yeux fixés sur le soleil ?