‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 93 sur 110 · LA MUIT DE MAT · texte numérisé non relu

LA MUIT DE MAT

Poêle , [H^;n Js Ion luth , et me donDe un baiser ; ■* ''■' La flegr de ré|;lanlier seul senMmrgeons éclorc. ' Le prip.leinpg iiailccsoir; les vents vont (^embraser; Et la bei^roDDcKc , c^llenâant l'aurore, Aux premiers bui^ogs ycrU commence à se poeer. J Poêle, pi'onds t^ lutli,^cl \»e donne un baiser.

• -tE POETE. ' *

Comme il fait noir dans la' vallée! .

forme Toitée lur la foi-ft.

la^rairie; l'herbe ileurie; ^

lisparail. ^ .

,n. MUSE. ■ > .■ -

1 , la nuit , BUT la pelouse , I son voile odOranl:

se referme jalouse ,~ ;lle enivre en mourant, lugc à la bieu-aimée. ,

Ce soir , sous les tilleuls , a 1^ sombre ramée Le itof 011 du coucbant laisse un adieu plus doui. ^ Ce soir , tout va Ueurir; l'immorlelle nature ' Se remplit de parfums , d'an^ur et de murmure, - Comme lelitîoyeux de deux jcuuesépuui. '■>'

-* ^ LE POEtB. ^ ^

'.i Pourquoi. mon cœur bal-il si vileî

Qu'ai-je donc eu moi qui s'agite, •

Qpnt je nie sens ^'uvanléî Nc,frap|ie-t-OD pas à ma porte?

Pourquoi ma lampe a demi morte •ItéblouiE-elle de clarté?

Dieu puisMnt I toul mnn corps rrissoniie.

Qui vient?^ui m'appelle? — PersoDue.

le suis seul ; c'est l'heure qui ecmne ; solitude! Ofpauvrelé!

Poêle , prends ton luth ; le vin de la jeunesse Fermente cette nuit dans les Teines de Bieu.

'Mon sein est inqiiieL; h «olupté l'opprf^ise, Et Wv^nts attitrés m'ont mis la tévreeh ki).

pareaseuv enfant, regarde, je 8uis"belle.

Notre premier baiser, dc l'en souviens-tu pas, '' Quand je le vis si pâle au toucher de mon aile, Et que, les ycui en'pleurs, l« tombas dans mes brsp Ah I je t'ai consolé d'une amèresoutTrancc!

- Hélas 1 bien jeune encor , tu le mourais d'ammir. Console-moi ce SMr , je me meurs d'cspéranfe ; i'ai besoin de prier pour vivre jusqu'au jour.

\ m'appelle ,

est-ce toi ?

immortelle !

fidèle

ur de mai !

oi, ma blonde^

luît profonde, n'inonde Les rayons glisser dans mon cœur.

Lk MIGK.

Poète, prends Ion luth; c'est moi^ ton immortelle,

Qui t'ai TU cette nuit Irisle çl sileocieui , ^

El qui , comme un oiseau qiii' sa couvée appette^ Pourpleureravct toi~, descniids du liaut des'.Cieiu.' Viens, tuHoufTres, ami. Quelque ennui Mlltaîf^ a Te roMgc ; quelque ^cbo»e a gémi dan» Ion cœur ; Quelque aiyour t'eet venu , comme ou gn voit sur terre , Uneombi'c de plaisir, un semblant de bonheur. Viens 1 chantoas dKvanl Dieu -, chantsna dans les pensées , Dans tes plaisirs perdus, dans tes peioes passée!; Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu. Ëveillonsau basard les échos (^e ta vie; Parlons-nous àt fconheur , de gloire et de folie , Et qoece Boi| un rêve, et le premier venu.

Inveulons quelque pari des lieux où l'on oublie; Partons, nous sâmrnes seuls; l'univers est i nous. Voilà la verte Ecoseo , et la brune Italie , . El la Gr(«e , ma mère , où le miel est si doui ; '^ Argo^, et Ptéicon , ville desbécatombes, fit Hessa la divine, agréable aui colombes; Et le front chevelu du Pélion changeant , Et le bleu,Tilerêse, et le golfe d'argent Qui montre dans ses eau La blanche Oloossone à I Dis-moi , quel songe d'o D'où vont venir les pieu Ce malin, quaud le jour Quel séraphin pensif, ce Secouait des lilas dans si Elle contait tout bas lesi Chanterons-nous l'espoir Tremperons- no us de sar Suspendrons- nous l'a ma Jetterons -nous au vent l'écume du coursier?

Dirons-nous quelle main , dans les lampes sans nombre De la maison cétesie, allume nuit et jour , l.'huilc saillie de vie cl 4'élérni'l amour?

CrÎPon«-nou8 à Tarquin : « Il est temps ^ voici Tombre? »>

DescendiHHis-nous cueillir la perle au. fond des mers?

Mènerons-oous la chèvre aux ébéiiiers amers?

Monlrêroos-nous le ciel à la Mélancolie?

Suivrons-nous le chasseur sur Jes monts escarpés?

La biche \e regarde ; elle pleuré et supj^ie ;

Sa bruyère l'attend ; ises faoné sont nouveau-nés ;

Il se baisse, il Tégorge ,'il jette à la curée

Sur les chiens en sueur son ccepr encor vivant. -

Peindrons-nous une vierge^ à k joue empourprée, 4^

Sh?n allant à la messe , un>-page la suivant ?

Et d^un regard distrait , è côté de «a mère ,

Skiir sa lèvre entr'ouverte oubliant sa prière ,

Elle écoute en tremblant, dans Tccho du pilier ,

Résonner Téperon d'un hardi cavalier. ^

Dirons-nous'.aux héros des vieux temps de la France

De monter tout armés aux créneaux de ieurs-touis^

Et de ressusciter la naîve romance

Que leur gloire oubliée apprit aux troubadours?

Vêtirons-nous de blanc une molle élégie?

L'homme dé Waterloo nous dira-t-il sa vie ,

Et ce qu'il a fauché du troupeau des humains.,

^vanique l'envoyé de la nuit éternelle

Vînt sur son tertre verjt ra])attre d'un coup d'aile ,

Et sur son cœur de fer lui croiser les deux mains?

Clouerons-nous au poteau d'une satire altîère

l^noiii sept fois vendu d'un pâle pamphlétaire ,

Qui , poussé par la faim , du fond de son oubli ,

S'en vient tout grelottant d'eji vie et d^mpuissance,

Sur le froiit du génie insulter l'espérance ,

Et mordre le laurier que son soufOc a sali?

Prends ton lulh! prends ton luth! je ne peux plus*mo lairo.

Mon aile me soulève au souffle. du printemps.

Le vent va m'emporter; je vais quitter la terre.

Vno larme de' loi ! Dieu m*é€4)ûtç* il est temps.

LE POETE

S'il ne te faut , ma sœur chérie , Qu'un baiser .d'une lè?re amie, El qu'une hirme dé mes yeux , Je te les donnerai sags peine ; De nos amours qu'il te^ souvienne, Si tu remontes dans les cieui.

Je ne chante ni l'espérance , Ni^la gloire, niie bonheur, "^ Hélas 1 pas même la souOPrance.

'La bouche garde le silence ,

Pour écouter parler le cœur.

UK MUSE.

Crois-tu donc que je sois comme le vent d'automne ,

Qui se nourrit de pleurs jusque sur an tombeau ^-

£tpourj[|ui la douleur n'est qu'une goutte d'eau?

poète lun baiser , c'est moi qui te le donner

L^hjerbe que je voulais arracher de ce lieu ,

C'est ton' oisiveté; ta douleur esta Dieu.

Quel que soit le souci que ta jeunesse endure y •

I^aisse-la s'élargir, cette sainte blessure

Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du cœur;

Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.

Mais , pour en être atteint , ne c^ois pas, à poète.

Que ta voii ici-bas doive rester muette.

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux ,

Et j'en sais d' immortels qui sont de purs sanglots.

Lorsque ie pélican , lassé d'un long voyage ,

Dans les brouillards du-soir retourne à ses roseaux ,

Ses petits affamés courent sur le rivage

En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.

Déjà , croyant saisir et partager leur proie ,

Ils. courent à leur père avec des cris de joie,

En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.

PUËS1ES NOUVELLES.

Lni , gagnant à pas lenis nue \•oc^^e élevée. De Bon aile pendante abritaDt sa couvée , Pécheur tiiclaDcnliqiie , il regarde les deux. Le sang coule à longs floU de sa poilrine ouverle ; En vain il a des uici's fouillé la proruiidcur; L'Oeéan élait vide, e( la plage déserte; Pour toute nourriture il apporte son cœur.^ Sombre et silciicieui , éleodu sur la pierre, Partagcaul à ses liisses entrailles de père, Dans son amoursublinie il tierce sa douleur; Et, regardant couler sa sangtaiile mamelle, ■

Sur soit festin de mort il s'affaisse et ehancellc , Ivre de volupté, de tendn-sse et d'horreur.

Hais parfois, au milieu du divin sacriOcc, Fatigué de mourir dans un trop long éupplicc , Il craint que ses enfants ne le laissent vivant; Alors il se soulève , ouvre son aile au vent , Et, se frappant te cœur avec un cri sauvage , Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu, Que les oiseaux des mers désertent le rivage , El, nue le voyageur attardé sur la plage, , Sentant passer la mort, se recommande â Dieu. % Poêle , c'est ainsi que font les grands poêles. Ils laissent s'égsfer ceux qui vivent un temps; Hais les festins humains qu'ils servent k leurs Xétes Ressemblent la plupart à ceux desjiolicBns.

Quand ils parlent ainsi d'espéraneéf ttompées. De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur. Ce a'est pas un concert ï dilater le cœur.

Leurs ml comme des épées ;

Elles ir un cercle éblouissant;

Haisi 'B<iuc1que goatte de^lng.

eclre insatiable, n demande pas si long.

L'hoDiiiic n'écrit licR sur le sable A l'heure où passe l'aquilon. J'ai vu le leiiips où ma jeuiiFsae Sur mes lèvres était sans cesse Prôli^A chanter comme un oisijnu.

Mais j'ai souffert un dur martyre, El Je moins que j'en pourrais dire, Si je l'essayais sur ma lyre, Ln briserait comme ua roseau.

POÉSteS NOUVELLES. 341

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