‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 140 sur 272 · RONDEAU LVIII · texte numérisé non relu

RONDEAU LVIII

Ung cueur, ung vueil, une plaisance, Ung désir, ung consentement , Ung reconfort, unj pensement , Fermez en loyalle tiance ,

Dieu que bonne en est l'accointance !

Tenir la doit on chierement :

Ung cueur, ung vueil , une plaisance , Ung désir, ung consentement.

Contre Dangier et sa puissance , Qui les het trop mortelement , Gardons les bien et sagement , N'est ce toute nostre chevance , Ung cueur, ung vueil , une plaisance.

RONDEAUX. Il3

Pource que Plaisance est morte, Ce May, suis vestu de noir, C'est grant pitié de véoir Mon cueur qui s'en desconforte.

Je m'abille de la sorte Que doy, pour faire devoir.

Pource que Plaisance est morte , Ce May, suis vestu de noir.

Le temps ces nouvelles porte .

Qui ne veult déduit avoir, Mais par torce de plouvoir, Fait des champs clorre la porte, Pource que Plaisance est morte.

Après l'escadre route, Mettons à saquement Annuyeulx Pensement Et sa brigade toute.

Il crye : Volte route.

Râlions nostre gent.

Après l'escadre route, Mettons à saquement.

Se Loyaulté s'y boute, Par advis saigement, Crye gaillardement D'aly brusque, sans doubte.

Après l'escadre route.

CHARLES d"ORLÉANS. H.

Les fourriers d'Esté sont venus Pour apparcillier son logis, Et ont l'ait tendre ses tappis, De fleurs et verdure tissus.

En estandant tappis velus, De vert herbe par le païs, Les fourriers d'Esté sont venus Pour appareiUier son logis.

Cueurs d'ennuy pieçà morfondus, Dieu mercy, sont sains et jolis; Alez vous en, prenez païs, Yver, vous ne demourrés plus; Les fourriers d'Esté sont venus.

RONDEAU LXIL

Se mois de May, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis ; au fort, vaille que vaille, C'est le meilleur que de riens ne me chaille, Soit bien ou mal, tenir m'en fault content.

Je lesse tout courir à val le vent, Sans regarder lequel bout devant aille; Se mois de May, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis; au fort, vaille que vaille.

Qui Soussy suit, au derrain s'en repent , C'est ung mestier qui ne vault une maille, Avantureux comme le jeu de faille; Que vous semble de mon gouvernement, Se mois de May, ne joyeulx, ne dolent ?

RONDEAUX. Il5

Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et depluye, Et s'est vestu de brouderie, De soleil luyant, cler et beau.

Il n'y a beste, ne oyseau, Qu'en son jargon ne chante ou crie Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluve.

Rivière, fontaine et ruisseau Portent, en livrée jolie, Gouttes d'argent d'orfavrerie, Chascun s'abille de nouveau :

Le temps a laissié son manteau.

En regardant ces belles fleurs Que le temps nouveau d'Amours prie, Chascune d'elle s'ajolie Et farde de plaisans couleurs.

Tant embasmées sont de odeurs ^/ Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie. En regardant ces belles fleurs Que le temps nouveau d'Amours prie.

Les oyseaulx deviennent danseurs Dessus mainte branche fleurie, Et font joyeuse chanterie, De contres, des chans et teneurs, En regardant ces belles fleurs.

Il6 CHARLES d'oRLÉANS.

Ciicur, à qui prendrez vous conseil ?

A nul ne povez descouvrir Le tresangoisseux desplaisir Qui vous tient en paine et traveill

Je tiens qu'il n'a soubz le souleil , De vous plus parfait vray martire.

Cueur, à qui prendrez vous conseil ?

A nul ne povez descouvrir.

Au moins faittes votre apareil De bien vous faire ensevellir, Ce n'est que mort d'ainsi languir, En tel martire nompareil.

Cueur, à qui prendrez vous conseil?

Dedens mon livre de pensée , J'ay trouve escrivant mon cueur La vraye histoire dedoleur, De lermcs toute enluminée.

En défiassent la trcsamée Ymage de plaisant doulccur, Dedens mon livre de Pensée, J'ay trouvé escrivant mon cueur.

Helas! où la mon cueur trouvée?

Les grosses gouttes de sueur Lui saillent, de peine cl labour Qu'il y prent, et nuit et journée, Dedens moii livre de l^cnscc.

RONDEAU LXVIÏ.

A Dieu ! qu'il m'anuye, Helas ! qu'est ce cy ?

Demourray ainsi En merencolic ?

Qui que chante ou rie, J'ay tousjours soussy.

A Dieu, qu'il m'anuye, Helas ! qu'est ce cy ?

Penser me guerrie , Et fortune aussi , Tellement et si Fort que hé ma vie.

A Dieu ! qu'il m'anuye !

Page 1