‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 154 sur 272 · RONDEAU CVIII · texte numérisé non relu

RONDEAU CVIII

En mes païs, quant me trouve à repos, Je m'esbais, et n'y sçay contenance, Car i'ay apris travail dès mon enfance. Dont Fortune m'a bien chargié le dos.

Que voulez que vous die? à briefz mos, Ainsi m'est il, ce vient d'accoustumance : En mes païs, quant me trouve à repos, Je m'esbais, et n'y sçay contenance.

Tout à part moy, en mon penser m'enclos,

l38 CHARLES d'oRLÉANS.

Et fais chasteaulx en Espaigne et en France ; Oultre les monts forge mainte ordonnance, Chascun jour, j'ay plus de mille propos, En mes païs, quant me trouve à repos.

RONDEAU CrX.

Repaissez vous en parler gracieux, Avec dames qui manguent poisson, Vous qui jeusnez, par grant devocion, Ce vendredi ne povez faire mieulx.

Se vous voulez de Déesses ou Dieux, Avoir confort ou consolacion.

Repaissez vous en parler gracieux, Avec dames qui manguent poisson.

Lire vous voy faiz merencolieux De Troilus, plains de compassion; D'Amour martir fut en sa nascion.

Laissez l'en paix, il n'en est plus de tieulx ; Repaissez vous en parler gracieux.

RONDEAU ex.

Alez vous en, alez, alez, Soussy, Soing et Merencolie, . Me cuidez vous toute ma vie

^/ Gouverner, comme fait avez?

Je vous prometz que non ferez, Raison aura sur vous maistrie.

Alez vous en, alez, alez, Soussy, Soing et Merencolie.

Se jamais plus vous retournez

RONDEAUX. l3g

Avecques vostre compaignie, Je pri à Dieu qu'il vous maudie, Et ce par qui vous revendrez.

Alez vous en, alez, alez.

Hau ! guette, mon ueil ; et puis quoy? Voyez vous riens? — Ouil, assez.

— Qu'est ce cela que vous savez?

— Cler, le vous puis monstrer au doy.

— Regardez plus avant un poy,

Vos regars ne soient lassez.

Hau ! guette, mon ueil ; et puis quoy? Voyez vous riens? — Ouil, assez.

Acquitté me suis, comme doy.

Il a jà plusieurs ans passez, Sans avoir mes gaiges cassez.

— Bien avez servi, sur ma foy.

Hau ! guette, mon ueil ; et puis quoy!

Le voulez vous que tout vostre deviengne ? En me monstrant quelque joyeux semblant, Dictes ce mot : Je \ ous tiens mon servant, Servez si bien que contente m'en tiengne.

Devoir leray, comment qu'il m'en adviengne, Tresloyaumcnt, dcsoresenavant.

Le voulez vous que tout vostre deviengne ? En me monstrant quelque joyeux semblant.

Sans que Mercy, ne Grâce me sousticngne,

S'en Loyaulté je faulx, ne tant ne quant, Punissez moy tout à vostre talant ; Et se bien sers, pour Dieu, vous en souvicngneî .Le voulez vous que tout vostre deviengne ?

Que nous en faisons De telles manières, Et doulces, et fieres, Selon les saisons !

En champs, ou maisons.

Par bois et rivières, Que nous en faisons De telles manières !

Ung temps nous taisons, Tenans assez chieres Nos joyeuses chieres, Puis nous rapaisons ; Que nous en faisons !

A l'autre huis, Souvent m'envoye Espérance,

Et me tanse, Quant en tristesse je suis.

Jours et nuys, Se lui demande alegance,

A l'autre huis, Souvent m'envoye Espérance.

Oncques puis

Que failli ma desirance,

De plaisance Mon cueur et moy sommes vuys,

A l'autre huis.

Clennontois.

Qui veult achatter de mon dueilf D'en avoir trop, las! je me vante, Car mapovre vie dolente N en peut plus , non fait pas mon vueil .

Partout oit je voys, mon recueil Est si piteux, et mon attente !

Qiii veult achatter de mon dueil?

D'en avoir trop, las! je me vante.

Que j'aye ung petit bon accueil, Au commancement de ma vante, Et puis après, se jamais liante Amours, qu'on me crevé cest iieil !

Qui veult achatter de mon dueilf

Vendez autre part vostre dueil, Quant est à moy, je n'en ay cure; A grant marché, oultre mesure.

J'en ay assez contre mon vueil.

Jà n'entrera dedans le sucil

De mon penser, je vous le jure ; Vendez autre part vostre dueil, Quant est à moy, je n'en ay cure.

Desconfort, la lerme à l'ueil, Ailleurs quiere son avanture, Plus ne vous mène vie dure !

Puisque mal vous fait son acueil, Vendez autre part vostre dueil.

Comme j'oy que chascun devise, On n'est pas tousjours à sa guise; Beau chanter si ennuyé bien ; Jeu qui trop dure ne vault rien; Tant va le pot à l'eaue qu'il brise.

Il convient que trop parler nuyse, Se dit on, et trop grater cuise; Riens ne demeure en ung maintien.

Comme j'oy que chascun devise, On n'est pas tousjours à sa guise ; Beau chanter si ennuyé bien.

Après chault temps, vient vent de bise, Après hucques, robbes de frise ; Le monde de passé revien, A son vouloir joue du sien Tant entre gens laiz que d'Eglise, Comme j'oy que chascun devise.

Ad ce premier jour de l'année, De cueur, de corps et quanque j'ay Privéement estreneray Ce qui me gist en ma pensée.

C'est chose que tendray cellée, Et que point ne descouvreray, Ad ce premier jour de l'année, De cueur, de corps et quanque j'ay.

Avant que soit toute passée L'année, je l'aproucheray, Et puis à loisir conteray L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée, Ad ce premier jour de l'année.

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