‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 196 sur 272 · RONDEAU CCIV · texte numérisé non relu

RONDEAU CCIV

Plus tost accointé que congneu, Plus tost esprouvé que nourry, Plus tost plaisant que bien choisy, Est souvent en grâce receu.

Mains tost que riche, despourveu Se trouve garny de soussy; Plus tost accointé que congneu.

Plus tost esprouvé que nourry !

Assez tost meschant est recreu, Assez tost entreprent hardy, Assez tost senti qui s'ardy, Tout ce mal est de chascun sceu; Plus tost accointé que congneu I

Par Benoist d'Amiens.

Au plus fort de ma maladie.

M'a abandonné Espérance, Laquelle, sans point decevance.

Me devait tenir compaignie.

Helas! ce n'es* pas mocquerie D'avoir perdu ceCle alliance, Au plus fort de ma maladie.

Car ccrte:, qui /jue chante ou rie, J'ay à toute herre desplaisance Plus que nesung qui soit en France, Par quoy je ne sçay que je die, Au plus fort de ma maladie.

RONDEAU CGV.

Par le duc d'Orléans.

Au plus fort de ma maladie Des fièvres de Merencolie, Quant d'Anuy je frissonne fort, J'entre en chaleur de Desconfort Qui me met tout en Resverie.

Lors je jangle mainte Folie, Et meurs de soif de Chiere Lie ; De mourir seroye d'accort, Au plus fort de ma maladie.

Adoncques me tient compaignie Espoir, dont je le remercie,

CHARLES d'oRLÉANS. II. 1%

Qui de me guérir se fait fort, Disant que n'ay garde de mort, Et qu'en riens je ne m'en soussie, Au plus fort de ma maladie.

RONDEAU GCVI.

A ce jour de saint Valentin, Bien et beau Karesme s'en va ; Je ne sçay qui ce jeu trouva.

Penser m'y a pris au matin ;

Et puis pour jouer à tintin Avecques moy tost se leva ; A ce jour de saint Valentin, Bien et beau Karesme s'en va.

Soussy m'a cuide ung tatin Donner, mais pas ne l'acheva, Bien garday que ne me greva ; Maledicatur en latin, A ce jour de saint Valentin.

RONDEAU CCVII.

A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs, Faittes de plaisirs ou douleurs Rimes en françoys ou latin.

Ne dormez pas trop au matin.

Pensez à garder voz honneurs.

A ce jour de saint Valentin, Venez avant, nouveaux faiseurs.

Heur et Maleur sont en hutin.

Pour donner pers, cy et ailleurs, Autant aux moindres qu'aux greigneurs; Veulent départir leur butin, A ce jour de saint Valentin.

RONDEAU CCVIII.

A ce jour de saint Valentin Qu'il me convient choisir ung per, Et que je n'y puis esohapper, Pensée prens pour mon butin.

Elle m'a resveillé matin, En venant à mon huis frapper, A ce jour de saint Valentin Qu'il me convient choisir ung per.

Ensemble nous arons hutin, S'elle veult trop mon cueur happer ; -Mais, s'Espoir je pense atrapper, Je parlasse d'autre latin, A ce jour de saint Valentin.

De Monseigneur d'Orléans à madame d'Angoalêmc,

A ce jour de saint Valentin, Puis qu'estes mon per ceste année.

De bien eureuse destinée Puissions nous partir le butin.

Menez à beau frère hutin Tant qu'ayez la pense levée, A ce jour de saint Valentin.

Je dors tousjours sur mon coissin, Et ne fois chose qui agrée Gueres à ma malassenée, Dont me fait les groings au matin, A ce jour de saint Valentin.

Par Tignonville,

Pour la coustitme maintenir, Ceste saint Valentin nouvelle, Mon cueur a choisy damoiselle, Moyennant l'amoureux désir.

Par ung regart fait à loisir, Se voult logier es mains de celle Pour la coustume maintenir, Ceste saint Valentin nouvelle.

S' on lui fait trop de mal souffrir, Je m'accorde qu'i se rappelle, Et puis se tiengne à la plus belle Qiie sesyeulx lui pourront choisir, Pour la coustume maintenir.

Contre, fenoches et nox bu^e, Peut servir ung « tantost » de France; Da ly parolles de plaisance, Au plus sapere l'en cabuze.

Jà cossy maintes foiz s'abuze, Grandissime fault pourveance,

RONDEAUX. 2l3

Contre fenoches et nox bm^e.

Sta/ermo toutes choses uze, Aspette ung poco par savance, La Rason fa l'ordonnance De qtiella medicine on uze Contre fenoches et nox bu^e.

Par Benoist d'Amiens.

Contre fenouches et nox buze, Convient l'un faire, /'aultro dire.

Pleurer d'un ueil^ de /'aultro rire ; Questo modo les gens abu^e.

Or da poy que lo mondo en u^e, Non est dy besoingno dormire, Contre fenouches et nox buze, Convient l'un faire, /'aultro dire.

Tanto principo comme duze, Veulent le lour fato conduire, Et li soy servitor instruire A sapere jouar la ruje.

Contre fenouches et nox buze.

Par maistre Berthault de Villebresme.

Puisque chascun sert de fenouches, Et de mentir, nei^ que de mouches.

Aucun aujourduy ne tient conte, Mais à chascun d'avoir son compte

Soiijffist, soit honneur, ou reprouches,

Retraire je me vueii es touches Des bois, ainsi que les farouches, Car d'estre au monde j'ay grant honte.

Puisque chascun sert de fenouches.

Et de mentir, nei^ que dernouches.

Je y congnois tant de maies bouche De clers voyans faisant les louches.

De bons et simples que Von doute ; Veu donc que mal bien y surmonte, Plus me plaist vivre entre les souches. Puisque chascun sert de fenouchcs.

Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée, Dedens mon jardin de Pensée, Avecques mon cueur, seul entray.

Dieu scet s'entrepris fu d'esmay, Car en pleurant tout regarday Destruit d'ennuyeuse gelée, Ce premier jour du mois de May, Quant de mon lit hors me levay, Environ vers la matinée.

En gast, fleurs et arbres trouvay Lors au jardinier demanday Se Desplaisance maleurée, Par tempeste^ vent ou nuée, Avoit fait ce piteux array, Ce premier jour du mois de May.

Qui est cellui qui s'en tendroit De bouter hors Merencolie, Quant toute chose reverdie, Par les cliamps, devant ses yeulx, voiti

Ung malade s'en gueriroit Et ung mort revendroit en vie.

Qui est cellui qui s'en tendroit De bouter hors Merencolie!

En tous lieux on le nommeroit Meschant endormy en foUie, Chasser de bonne compaignie, Par raison, chascun le devroit.

Qui est cellui qui s'en tendroit î

RONDEAU CCXIII.

Allez vous masser maintenant, Ennuyeuse Merencolie, Regardez la saison jolie Qui par tout vous va reboutant.

Elle se rit en vous mocquant, De tous bons lieux estes bannye.

Allez vous musser maintenant, Ennuyeuse Merencolie.

Jusque vers Karesme Prenant Que jeusne les gens amaigrie Et 1-1 saison est admortie, Ne vous monstrez ne tant ne quan:; Allez vous musser maintenant.

2l6 CHARLES d'oRLÉAN s.

Qui est cellui qui d'amer se tendroit, Quant Beaulté fait de morisque l'entrée, De Plaisance si richement parée Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit!

Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit, Disant : C'est cy raige désespérée.

Qui est cellui qui d'amer se tendroit.

Quant Beaulté fait de morisque l'entrée!

Lors quant Raison enseigner le vendroit, Il lui diroit : A ! vieille rassotée, Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée, Pour riens en ce nully ne vous croiroit. Qui est cellui qui d'amer se tendroiti

Bon fait avoir cueur à commandement, Quant il est temps, qui scet laisser ou prendre, Sans trop vouloir sotement entreprendre Chose où ne gist gueres d'amendement.

Quel besoing est, quand on est à son aise, De se bouter en soussy et meschief I Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise. De travailler sans riens mènera chiet.

C'est par Espoir ou par son mandement, Qui tel mestier leur conseille d'aprendre; Il fait pechié, on l'en devroit reprendre ; J'en parle au vray, à mon entendement : Bon fait avoir cueur à commandement.

RONDEAU CCXVI.

. Je vous entens à regarder, Et part de voz pensers congnois, Essayé vous ay trop de fois, De moy ne vous povez garder.

Guidez vous par voz motz farder, Mener les gens de deux en trois!

Je vous entens à regarder, Et part de voz pensers congnois.

Vous savez tirer et tarder, Raige faittes et feu Gregois ; Bien gangnez voz gaiges par mois, Parachevez sans retarder.

Je vous entens à regarder.

Page 1