‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 66 sur 272 · CHANSON XLIX · texte numérisé non relu

CHANSON XLIX

Pourtant, s'avale soussiz mains, Sans mâcher, en peine confiz.

Si ne seront ja desconfiz , Les pensers qui m'ont en leurs mains.

En ce propos seurement mains Qu'ilz vendront à aucuns prouffiz, Pourtant, s'avale soussiz mains.

Sans mâcher, à peine confiz.

Travail mettray, et soirs, et mains, Autant ou plus quanques je fiz, S'a les achever ne souffiz.

D'en faire quelque chose au mains, Pourtant, s'avale soussiz mains.

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, Puisqu'il me fault loing de vous demourer, Je n'ay plus riens, à me reconforter, Qu'un souvenir pour retenir lyesse.

En allegant, par Espoir, ma destresse, Me conviendra le temps ainsi passer.

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse. Puisqu'il me fault loing de vous demourer.

Car mon las cueur, bien garny de tristesse , S'en est voulu avecques vous aler, Ne je ne puis jamais le recouvrer, Jusques verray vostre belle jeunesse, Ma seule amour, ma joye et ma maistresse.

îa CHARLES d'oRLÉANS.

Trop entré en la haulte game , xMon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la, Fut jà pieçà, quant l'afola Le trait du regart de ma Dame.

Fors lui, on n'en doit blasmer ame, Puis qu'ainsi fait, comme fol' l'a.

Trop entré en la haulte game , Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la.

Mieulx l'eust valu estre soubz lame, Car sottement s'en afola ; Si, lui dis je : mon cueur, holâ !

Mais conte n'en tint, sur mon ame, Trop entré en la haulte game.

Se desplaire ne vous doubtoye, Voulentiers je vous embleroye Ung doux baisier privéement , Et garderoye seurement Dedens le trésor de ma joye.

Mais que Dangier soit hors de voye, Et que sans presse je vous voye.

Belle que j'ayme loyaument, Se desplaire ne vous doubtoye , Voulentiers je vous embleroye Un doux baisier privéement.

Jamais ne m'en confesseroye, Ne pour larrecin le tendroye ,

Mais grant aumosne vrayementj Car à mon cueur joyeusement De par vous le presenteroye, Se desplaire ne vous doubtoye,

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