‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 7 sur 272 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

« en estât du plus hault deuil, dit le ("jcste des nobles, qui devant eust esté veu. » Mais, comme le dit Juvcnal clesUrsins, « pour lors elle ne lit guèrcs. » Elle avait pourtant en son nom et, « comme ayant la t^arde et gouvernement de ses enfants, » selon la formule qu'elle employa toujours, prêté serment au roi pour les diverses seigneuries de la maison d'Orléans. Charles, après s'être préparé de son mieux à la guerre facile à prévoir, et avoir notamment gagné l'alliance du duc de Br^'tagne, vint à Paris pour faire lui-même cet hommage de ses terres au roi. Sa mère l'avait précédé de quelques jours. Cette fois elle était arrivée le 27 août 1408, avec une suite qui était une armée. Le registre du conseil du roi dit que ce fut le lundi 28. « Elle arriva en une litière couverte de noir, à quatre chevaulx couverts dé drap noir, à heure de vespres, accompaignez de plusieurs charios noirs pleins de dames et de femmes et de plusieurs ducs et comtes et gens d'armes. » " Environ huit jours après, écrit Monstrelet, Charles — il avoit été nommé comte d'Angoulesme jusqu'à la mort de son père — d'Orléans accompagné de 3oo hommes d'armes — environ i5oo hommes —

Juvévestu de noir, tout droit s'en alla à Saint-Paul vers le roy pour lui demander vengeance de la mort de son père. » Valentine resta à Paris avec sa belle-fille. Si nous en jugeons par certains détails domestiques que nous livrent les litres et papiers de la'maison d'Orléans, elle y demeura assez longtemps, plus longtemps même que je ne l'eusse supposé. En elVct, Philippot Boulart, épicier, chargé de fournir l'hostel de Behaigne ou de Bohême, d'épiceries de chambre (dragées et sucreries) et qui parait faire un commerce lucratif puisqu'il vend chaque jour une quinzame de livres de cette épicerie, nous donne le compte de ce qu'il a livré en 1408 à Madame Valentine de dragées (à 10 sous la livre), de noix confites (à 7 sous la livre), de pignolet, de sucre rosat, etc., pour la fête du roi. Ce devait être le 4 novembre. Valentine mourut le 4 du mois suivant à Blois, « de courroux et de desplaisance de ce qu'elle ne pouvoit avoir justice de son feu bon seigneur et mari. >>

Charles était depuis longtemps retourné à Blois. Nous l'y voyons au mois de septembre, s'occupant

vint à Paris. »'< C'étoit le 9' jour de septembre, dit Jt nal.leduc d'Orléans en bien humble estât, vestu

toujours de fortifier ses bonnes villes et son parti. Nous avons, en ell'et, plusieurs montres et revues de gensd'armes qui prouvent son activité et sa prévoyance. Entre autres dJiails nous voyons que treize écuyers qui formaient, si je ne me trompe, une compagnie de quarante hommes lui coûtaient 87 francs par mois.

Dis la mort de sa mère, Charles VI l'émancipé et lui fait don de tous les droits de garde et de prise auxquels le roi avait droitcomme tuteur des princes mineurs. Le principal obstacle qui s'opposait à la pacification des seigneurs de la fieur de lis paraissait enlevé avec la mort de l'énergique et vindicative duchesse. Le 2 mars 1409, le roi mande à Chartres plusieurs membres du parlement pour aviser à la paix entre les princes. On peut lire dans les mémoires de Monstreict et dans ceux de Saint-Remi le récit de la scène de réconciliation, qui se passa alors en cette ville de Chartres, scène émouvante et grande, où Charles et ses frères furent loin de montrer cette faiblesse dont on les accuse. Mais que pouvaient faire ces enfants doublement orphelins à qui le roi, l'Eglise, toute la France, pour ainsi dire, venaient au nom de la religion et du patriotisme imposer le pardon des injures ? Mais si, comme l'indique un chroniqueur, ils consentirent à se laisser embrasser par Jean de Bourgogne, la tendresse ne fut pas longue. Le conseil royal a beau régler la maison militaire de Charles, décider — pour le temps qu'il passera à Paris, autant que je puis comprendre — qu'elle se composera, en dehors des conseillers, chambellans et gentilshommes, de douze chevaliers et douze escuyers servant quatre par quatre pendant deux mois, ayant bouche a cour, foin et avoine pour quatre ou deux chevaux et payés, les chevaliers : 5 sous, les escuyers : 2 sous par jour, il passa aisément par-dessus ces règles. Le cartulaire de Senlis nous le montre dès septembre 1409, cherchant à attirer les bonnes villes dans son - parti. Nous le voyons pendant cette année 140g à Blois ou au château de Brie-comte-Roberl. Au i" juin 1409 une lettre patente nous le montre à « Monstereau'où Fault d'Yonne. »

C'est le i3 septembre de cette année qu'il perdit, avons-nous dit, sa première femme « pour la mort de Inquelle le duc eut au cœur très-grand'douleur, et depuis prit consolation pour l'amour de sa fille, » de

Page 1