‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 30 sur 82 · HOMMAGE AUX TKOIS ECOLES · texte numérisé non relu

HOMMAGE AUX TKOIS ECOLES

O mémorable exemple, ô va'ii .>emient d'un n»i,

Accueilli par resjioir et dicté p;u- la loi !

Discours de loyauté qu'un vil llatteur altère.

Serment qu'on peut trahir en se cioyant sincère ,

Charles t'a prononcé jadis avec ferveur

Sur le livre divin , sur la croix du Sauveur!

J'ai redit le serment de ce roi légitime;

Piophétique alcyon, j'ai chanté sur l'ahime.

En vain ma faible voix a voulu l'avertir;

Comme la vérité, l'erreur eut son martyr.

Des traîtres , de son âme égarant la noblesse ,

Ont su changer en crime une heure de faiblesse 1

Accordez votre luth, poètes, mes livaux;

rhaiitez un nouveau règne et des serments nouveaux.

PiHir moi , je ti tMnble eiu^or des récentes alarmes . Et, sur la royauté, je n'ai plus que des larmes.

Je sais que le monarque en nos murs proclamé Aux plus saintes vertus se montre accoutumé ; Qu'il chérit ia justice et prodigue l'aumône; Mais l'ombre et les écueils environnent le trône . Tout voile peut servir aii\ desseins corrupteurs ; Tontes les faussetés n'ont pas été proscrites. Le Peuple aussi peut avoir ses tlattenrs ; La f-iberté, ses liypocrites !^

Mais vous, jeunes Français, notre honneur, notre es|)(iir

Vous à qui ce grand peuple est fier de tout devoir,

Héros encoi' parés des grâces de l'enfance.

Qu'il vit en un seul jour grandir pour sa défense,

Vous n'avez rien promis, ni foi, ni dévoûment;

Votre sang répandu.... voilà votre serment!

Vous ne trahirez, pas la promesse sublime ,

Vous qui le commandiez ce peuple magnanime,

Conquérant sans orgueil , et vengeur sans excès ,

Réduit par le malheur à vaincre des Français;

Qui sut, de son outrage écartant la mémoire.

S'arrêter de lui-même au seul cri de victoire !

Et maître, dédaignant des triomphes nouveaux,

Retouriiei en silence à ses liund)ics travaux.

Tel un lion , atteint d'une (lèche perfide,

S'apprête à dévorer le sauvage intrépide ;

Armé par la douleur, la rage le conduit;

Jl rugit, et l'on tremble; il s'avance, et Ton fuit :

LES SERMENTS. ';,lo

Il jieiit saisir sa proie, et d'un seul hoiul l'attciiidro, Mais il sait épargner ce qu'il n'a plus à (Craindre : Le froid dédain succède au courroux menaçant ; Il reî;agne son antre en léchant sa blessure, Rejoint ses lionceaux, les garde, les rassure, lit s'endort en les caressant.

Honneur, honneur à toi, savante et jeune France 1

Ta première action est notre délivrance ;

Tu puisas la sages.^e en l'étude des lois ,

Et, sans les dépasser, tu maintiendras nos droits.

Tu n'as pas à dompter, dans ton âme innocente,

L'hydre des souvenirs sans cesse renaissante.

Ignorant les revers d'un orgueil insensé,

Tu ne déplores point les rêves du passé;

Tu n'as point [)artagé l'anarchique délire.

Tu n'as pas encensé les tribuns et l'Empire;

Ta vie est sans remords , sans outrage à venger ;

Tu n'étais qu'au beiceau quand vainquit l'étranger !

Vers ton bel avenir marche avec coniiance;

La lumière du siècle est ton expérience.

Les torches, les flambeaux, ne servent que la nuit :

Qu'importe un guide à l'œil que le soleil conduit?

Marche, France nouvelle, accomplis ton ouvrage;

Les peuples à l'envi t'apportent leur suffrage.

Ma lyre devant toi s'incline avec respect ;

Son hommage n'est pas un éloge suspect :

De tout parti haineux je brave la colère;

Chantre de vérité, je m'attends à déplaire.

11 est (ertain courroux qu'on est fier d'inspiiei .

Mais, on parlant de toi , je ne sais qu'admirer : Crois à ma voix sincère, écho de la patrie, Tes exploits merveilleux passent la flatterie. Ces miracles d'un jour, ces sublimes efforts, Pour retentir au loin n'ont pas besoin d'accords; Leur plus simple récit est un hymne de gloire; L'idéal du poète est vaincu par l'histoire!

VilliiTS-sur-Orge, Il août 1830.

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