‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 13 sur 59 · SOIR D'ETE · texte numérisé non relu

SOIR D'ETE

Oh! comme le soleil est las de sa tournée... Comme il sue! on dirait, quand elle est terminée, Qu'il s'essuie, en faisant d'un nuage un mouchoir, Avant de se laisser derrière les monts choir...

Il est vrai qu'en été sa lâche est longue et dure^ Car enfin il n'est pas un seul brin de verdure Qui n'implore chaleur et lumière de lui, Sitôt qu'à l'orient ses premiers feux ont lui.

Combien de fleurs, combien d'abeilles turbulentes N'a-t-il pas enrichi de faveurs opulentes, En leur disant : • — Cela vous suffit-il ainsi? — Le moindre scarabée en a sa part aussi.

Les plantes laissent voir, au fond de leurs calices. Ces crains dont les oiseaux du ciel font leurs délices, El pendant tout le jour leur gésier se remplit, Et pas un n'aura faim pour se remettre au lit.

Aux cerises de juin dont cliacun d"'eux se joue, Cest le soleil qui met du roug-e sur la joue; C'est lui qui fait pousser la vigne et les épis, Dans ces champs qu'on prendrait pour de moelleux tapis.

Il eut même aujourd'hui Thonneur de satisfaire Nos femmes qui lavaient, par son beau savoir-faire; Car leur linge, sorti de la cuve, plein d'eau, Se séchait presque, avant d'être sur le cordeau!

Tout le jour, grâce à lui, par immenses volées, La faux a pu s'ébattre au large des vallées. Et l'herbe du matin, sur le pré mis à nu. Se trouva du vrai foin quand le soir fut venu.

Voilà d'oti lui provient cette mine touchante; Il n'aura pas besoin pour dormir qu'on le chante... Tenez... sur la montagne il est allé s'asseoir Pour nous mieux souhaiter de là-haut le bonsoir.

Le voilà disparu!., que le bon Dieu le garde... Du haut de son clocher, tiens... le coq le regarde Toujours d'un air moqueur... Gageons qu'à l'effronté Il va tirer bientôt son rideau moucheté.

En ménage, il n'est pas très-heureux, ce me semble. Car son épouse et lui ne vont jamais ensemble. Monsieur prend son chapeau quand madame parait; Tenez, voyez plutôt... derrière la foret...

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La voici... — Belle lime, oh! viens donc: qui rairêle? Je suis bien sûr qu'il dort déjà dans sa cliainhrelte : Mais viens donc ! — La voilà (jui regarde un instant, La vallée, et sourit contre nous en montant.

Pour nous qui n'avons point d''anibilion mécliautc, Nous n'aurons pas besoin non plus que l'on nous chante ; Nous avons assez fait de bon foin, Dieu merci. Tant qu'a duré le jour, pour bien dormir aussi.

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