‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 4 sur 59 · LES FEUX-FOLLETS · texte numérisé non relu

LES FEUX-FOLLETS

Dans les herbes en fleurs, pendant la nuit, les anges De bliiets couronnés font des courses étranges ; Ils s"assenil)k'iil entre eux, tiennent longtemps conseil, Puis regagnent leur poste au lever du soleil.

Comme on ne voit alors partout ni ciel ni terre. Pour les accompagner dans ces nuits de mystère. Ces auffes ont aussi chacun un feu follet Oui marche devant eux comme un simple valet.

Et cliacjue feu follet a dans sa gibecière In pot de brandevin et du soulfre en poussière. Dont vite, par le bec, il se passe un bon coup. Sitôt (pie sa lueur ne Ihunbe |)lus beaucoup.

Puis de sa lampe alors il mouche bien la mèche. Dont la ilanwne limpide, en brillante tianunèche. Pétille de |)lus belle et de tous les côtés, Comme un astre, répand ses nouvelles clartés.

Il faut en con\eiiir, c"est pourtant plus commode D'avoir un édaireur, même de cette mode.

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Que de porter tout seul sa lanterne à la main, En se brûlant les doigts, tout le long du chemin.

Au milieu de la nuit, si quelque homme en voyage Les voit vaguer au loin, comme c'est leur usage, Et dit: -Secourez-moi, Seigneur Dieu, s"il vous plaît! - Il voit vite accourir Tange et le feu-follet.

Cela charme assez peu le feu-follet; mais l'ange Eprouve à cette voix comme une ivresse étrange. Cela le fait penser au doux séjour des cieux ; Le follet, lui, se tait, et détourne les yeux.

Mais quand, à la même heure, il arrive un ivrogne Qui jure en s'écriant, dans la nuit, sans vergogne : — Tonnerre ! et sacreminte ! — Alors notre effronté De feu-follet sourit, car il est enchanté.

Son air devient pourtant bientôt plus convenable, Car range dit alors : — Mais c'est abominable ; Bien vite allons-nous-en d'un pareil carrefour... Et tout redevient noir là comme dans un four.

Si Ton suit bonnement son chemin sans les craindre, Ils vous laissent en paix; mais quand pour les atteindre On se met à courir, (,"a les vexe beaucoup ; A travers champs aussi partent-ils tout-à-coup.

Ils se disent alors : — C'est peut-être sa route ; Appuyons sur la droite, il s'en ira sans doute. — Et là-dessus, pendant que vous vous détournez. Le follet boit un coup el se mouche le nez.

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A le suivre toujours, s'il voil que Poii persiste. L'ange dit : — Ah ! blaiic-bec. tu veux qu'on le dépiste, Attends, Je vais t'apprendre à o^ueKer nos secrets: — Et vite, il vous entraîne au lin tond du marais.

Tire-t-en si tu peux ! — iNotre auge tutélaire, Comme on le voit par-là, s'enfuit tout en colère, Devant les gros jurons, et ne peut les soull'rir, Tandis (|u"un mol pieux le fait \ilc accourir.

Ensuite, n'imitez jamais ces bons apôtres,

Qui cherchent à savoir tous les secrets des autres...

Si la conclusion vous plaît, ami lecteur,

Qui sera bien content? — C'est votre serviteur!

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