‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 57 sur 59 · LE DIMANCHE MATIN · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE MATIN

Le samedi, j'ai beau me taire la promesse, D"t'tre, le lendemain, prête à temps pour la messe; Je me déi)ètiie. hélas! tant (|ue je le puis: mais Pas moyen, je le vois, d'y parvenir jamais.

Les vaelies. les enfants, la soupe et la fruitière Ont bien vite rallé la matinée entière: Je ne comprends, ma foi. pas bien à quel propos On dit que le dimanche est un jour de repos.

Les vaches, oui, d'abord; croit-on «pie le dimanche, Il ne faut pas aussi se retrousser la manche Pour les traire, et porter le laitage au fruitier, Qui n'a pas de répit non plus dans sou métier.

Les enfants, ne faut-il pas aussi (pi'on les peigne, Et que de leurs souliers l'on graisse au moins l'empeigne, Puis, qu'on leur mette au dos leur veste et leur gilet, Sur quoi de leur chemise on ral)at le collet.

Et la soupe: comment pourrait-on, sur la table, La trouver à midi fumante et dcieclable,

Si Ton n'y met à temps les choux de la saison, Avec un bon morceau de bonne salaison?

Et puis, quand c'est fini: quand enfin je m'apprête A faire aussi moi-même un semblant de toilette, Crac! voilà mon mari qui m'appelle d'un ton Furieux... et me fait lui recoudre un bouton.

Ensuite, pour sa barbe, il veut de l'eau bouillante; Il y va d'une main si lourde et violente Qu'il se coupe, et qu'il jure, et me refuse net Le miroir que j'attends pour mettre mon bonnet.

A l'ég^lise, j'arrive enfin bien essoufflée: Je longe à pas de loup toute la grande allée, Pour atteindre ma place auprès du confalon, Et dis un chapelet alors tout de son long,

Les yeux sur le curé qui récite l'épitre... Mais bientôt le plain-chant des hommes au pupitre. Et les parfums si doux qu'exhale l'encensoir, Font qu'à la fin je clos la paupière... et bonsoir!

Cependant, quand chacun se lève à l'évangile, Je me redresse aussi d'un mouvement agile. En me promettant bien cette fois d'écouter Ce que le curé va bientôt nous débiter.

Il s'emporte aujourd'hui contre l'ivrognerie; Là-dessus le curé n'e-ntend pas raillerie: Le fait est que plus d'un moins endetté serait. S'il n'allait pas aussi souvent au cabaret.

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Miiis à ii'lii. |tliis (l'un rcpttiid : - Qu'on me procure Une lave j>areille à lelle de la eure, El jamais je ne rentre à Tauberge!... raison Comme un ivrogne en a constamment à foison.

Ensuite, il l'ait la guerre aux femmes intraitables, Qui, devant leurs maris si bons, si respectables, Ne se soumettent pas, comme c'est leur devoir, Sitôt qu'ils ont iiarlé... Je voudrais bien Ty voir!

Puis enlin, il s'en prend à ces évaporées, Qui jamais, par le haut, ne sont assez parées, Tandis qu'à leurs talons de bas, on voit (]es trous... Oh! pour cela, bravo! j'approuve son courroux.

Voilà la messe dite. .\ux portes de l'église, Tendant que la moitié du village devise De\anl un bout d'a(fi(he en papier jaune ou vert, Moi, je rentre au galop pour mettre le couvert.

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