Poésies complètes de Malherbe;
Il y a le Malherbe de Boileau et de Sainte-Beuve, le poète et surtout le réformateur, le chef de notre littérature classique. Celui-là travaille en ayant toujours la postérité devant les yeux. Il choisit avec un soin extrême les pensées, le mètre, l'expression. Il produit lentement; il corrige, il efface, il refait. Il ne veut offrir au public rien qui ne soit accompli. C'est le Malherbe officiel, celui à qui l'on a érigé des statues.
Puis il y a l'homme privé, qui s'appartient, qui vit selon ses goûts et son tempérament, qui observe, qui écrit à ses amis, au courant de la plume, les anecdotes de la Cour et de la Ville. C'est un chroniqueur curieux et disert. Sa correspondance tiendra utilement une place entre le Journal de l'Estoile et les Historiettes de Tallemant des Réaux.
Cette séparation nette entre l'homme et l'écrivain était une nouveauté. Les Œuvres de Villon, de Marot, de Régnier, sont remplies de la personnalité de leurs auteurs. Les poésies de Malherbe ne gagnent rien à être rapprochées des circonstances de sa vie.
Ces circonstances sont suffisamment connues. Les Mémoires de Racan sur la vie de Malherbe, les Historiettes de Tallemant des Réaux , et surtout l'édition monumentale des Œuvres de Malherbe due aux soins