‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 13 sur 81 · PARAPHRASE DU PSAUME VIII · texte numérisé non relu

PARAPHRASE DU PSAUME VIII

Sagesse éternelle, à qui cet univers Doit le nombre infini des miracles divers

Qu'on voit également sur la terre et sur l'onde ;

Mon Dieu, mon créateur, Que ta magnificence étonne tout le monde, Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !

Quelques blasphémateurs, oppresseurs d'innocents, A qui l'excès d'orgueil a fait perdre le sens, De profanes discours ta puissance rabaissent;

Mais la naïveté Dont mêmes au berceau les enfants te confessent Clôt-elle pas la bouche à leur impiété ?

De moi, toutes les fois que j'arrête les yeux A voir les ornements dont tu pares les cieux, Tu me semblés si grand, et nous si peu de chose,

Que mon entendement Ne peut s'imaginer quelle amour te dispose A nous favoriser d'un regard seulement.

Il n'est foiblesse égale à nos infirmités ;

Nos plus sages discours ne sont que vanités,

Et nos sens corrompus n'ont goût qu'à des ordures ;

Toutefois, ô bon Dieu, Nous te sommes si chers, qu'entre tes créatures, Si l'ange est le premier, l'homme a le second lieu.

Quelles marques d'honneur se peuvent ajouter

A ce comble de gloire où tu l'as fait monter?

Et pour obtenir mieux quel souhait peut-il faire ,

Lui que jusqu'au ponant, Depuis où le soleil vient dessus l'hémisphère, Ton absolu pouvoir a fait son lieutenant?

Sitôt que le besoin excite son désir,

Qu'est-ce qu'en ta largesse il ne trouve à choisir ?

Et par ton règlement l'air, la mer et la terre

N'entretiennent-ils pas Une secrète loi de se faire la guerre A qui de plus de mets fournira ses repas ?

Certes, je ne puis faire en ce ravissement Que rappeler mon âme, et dire bassement : O Sagesse éternelle, en merveilles féconde,

Mon Dieu, mon créateur, Que ta magnificence étonne tout le monde, Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !

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