‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 37 sur 81 · POUR LES MARIAGES · texte numérisé non relu

POUR LES MARIAGES

La France à l'Espagne s'allie ; Leur discorde est ensevelie Et tous leurs orages finis.

Armes du reste de la terre, Contre ces deux peuples unis Qu'êtes-vous que paille et que verre ?

La Cum'ee

POUR LE MÊME SUJET

Arrière ces plaintes communes, Que les plus durables fortunes Passent du jour au lendemain ; Les nœuds de ces grands hyménées Sont-ils pas de la propre main De ceux qui font les destinées ?

L'Erythrée

POUR LE MÊME SUJET

Taisez-vous, funestes langages Qui jamais ne faites présages

Où quelque malheur ne soit joint ; La discorde ici n'est mêlée, Et Thétis n'y soupire point Pour avoir épousé Pelée.

La S antienne

POUR LE ROI

Roi que tout bonheur accompagne, Vois partir du côté d'Espagne Un soleil qui te vient chercher ; O vraiment divine aventure, Que ton respect fasse marcher Les astres contre leur nature !

La Cuntane

POUR LE ROI

O que l'heur de tes destinées Poussera tes jeunes années A de magnanimes soucis, Et combien te verront épandre De sang des peuples circoncis Les flots qui noyèrent Léandre !

UHellespontique

POUR LE ROI

Soit que le Danube t'arrête, Soit que l'Euphrate à sa conquête Te fasse tourner ton désir, Trouveras-tu quelque puissance,

A qui tu ne fasses choisir Ou la mort ou l'obéissance?

La Phrygienne

POUR LA REINE

Courage, Reine sans pareille :

L'esprit sacré qui te conseille Est ferme en ce qu'il a promis.

Achève, et que rien ne t'arrête ; Le ciel tient pour ses ennemis Les ennemis de cette fête.

La Tiburtine

POUR LA REINE

Sous ta bonté s'en va renaître Le siècle où Saturne fut maître ; Thémis les vices détruira ; L'honneur ouvrira son école, Et dans Seine et Marne luira Même sablon que dans Pactole.

SUR LE MEME SUJET

Uonc, après un si long séjour, Fleurs de lis, voici'le retour De vos aventures prospères, Et vous allez être à nos yeux Fraîches comme aux yeux de nos pères Lorsque vous tombâtes des cieux.

A ce coup s'en vont les Destins Entre les jeux et les festins Nous faire couler nos années, Et commencer une saison Où nulles funestes journées Ne verront jamais l'horizon.

Ce n'est plus comme auparavant, Que si l'Aurore en se levant D'aventure nous voyoit rire, On se pouvoit bien assurer, Tant la Fortune avoit d'empire, Que le soir nous verroit pleurer.

De toutes parts sont éclaircis Les nuages de nos soucis ; La sûreté chasse les craintes, Et la discorde, sans flambeau, Laisse mettre avecque nos plaintes Tous nos soupçons dans le tombeau.

O qu'il nous eût coûté de morts, O que la France eût fait d'efforts, Avant que d'avoir par les armes Tant de provinces qu'en un jour, Belle Reine, avecque vos charmes Vous nous acquérez par amour !

Oui pouvoit, sinon vos bontés, Faire à des peuples indomptés Laisser leurs haines obstinées, Pour jurer solennellement, En la main de deux hyménées, D'être amis éternellement?

Malherbe.

Fleur des beautés et des vertus, Après nos malheurs abattus D'une si parfaite victoire, Quel marbre à la postérité Fera paroître votre gloire Au lustre qu'elle a mérité ?

Non, non, malgré les envieux, La raison veut qu'entre les Dieux Votre image soit adorée , Et qu'aidant comme eux aux mortels Lorsque vous serez implorée, Comme eux vous ayez des autels.

Nos fastes sont pleins de lauriers De toute sorte.de guerriers; Mais, hors de toute flatterie, Furent-ils jamais embellis Des miracles que fait Marie Pour le salut des fleurs de lis ?

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