‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 40 sur 81 · PARAPHRASE DU PSAUME CXXVIII · texte numérisé non relu

PARAPHRASE DU PSAUME CXXVIII

Jues funestes complots des âmes forcenées Qui pensoient triompher de mes jeunes années Ont d'un commun assaut mon repos offensé. Leur rage a mis au jour ce qu'elle avoit de pire;

Certes je le puis dire ; Mais je puis dire aussi qu'ils n'ont rien avancé.

J'étois dans leurs filets ; c'étoit fait de ma vie ; Leur funeste rigueur, qui l'avoit poursuivie, Méprisoit le conseil de revenir à soi, Et le coutre aiguisé s'imprime sur la terre

Moins avant que leur guerre N'espéroit imprimer ses outrages sur moi.

Dieu, qui de ceux qu'il aime est la garde éternelle, Me témoignant contre eux sa bonté paternelle, A selon mes souhaits terminé mes douleurs. Il a rompu leur piège, et de quelque artifice

Qu'ait osé leur malice, Ses mains qui peuvent tout m'ont dégagé des leurs.

La gloire des méchants est pareille à cette herbe Oui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe, Croît sur le toit pourri d'une vieille maison ; On la voit sèche et morte aussitôt qu'elle est née,

Et vivre une journée Est réputé pour elle une longue saison.

Bien est-il malaisé que l'injuste licence Qu'ils prennent chaque jour d'affliger l'innocence En quelqu'un de leurs vœux ne puisse prospérer ; Mais tout incontinent leur bonheur se retire,

Et leur honte fait rire Ceux que leur insolence avait fait soupirer.

POUR LA REINE, MÈRE DU ROI

Pendant sa régence ODE.

Si quelque avorton de l'envie Ose encore lever les yeux, Je veux bander contre sa vie L'ire de la terre et des cieux;

Et dans les savantes oreilles Verser de si douces merveilles, Que ce misérable corbeau, Comme oiseau d'augure sinistre, Banni des rives du Caïstre, S'aille cacher dans le tombeau.

Venez donc, non pas habillées Comme on vous trouve quelquefois, En jupe dessous les feuillées Dansant au silence des bois.

Venez en robes où l'on voie Dessus les ouvrages de soie Les rayons d'or étinceler, Et chargez de perles vos têtes, Comme quand vous allez aux fêtes Où les Dieux vous font appeler.

Quand le sang bouillant en mes veines Me donnoit de jeunes désirs, Tantôt vous soupiriez mes peines, Tantôt vous chantiez mes plaisirs; Mais aujourd'hui que mes années Vers leur fin s'en vont terminées, Siéroit-il bien à mes écrits D'ennuyer les races futures Des ridicules aventures D'un amoureux en cheveux gris ?

Non, vierges, non; je me retire De tous ces frivoles discours; Ma Reine est un but à ma lyre, Plus juste que nulles amours; Et quand j'aurai, comme j'espère, Fait ouïr du Gange à l'Ibère

Sa louange à tout l'univers, Permesse me soit un Cocyte Si jamais je vous sollicite De m'aider à faire des vers.

Aussi bien, chanter d'autre chose, Ayant chanté de sa grandeur, Seroit-ce pas après la rose Aux pavots chercher de l'odeur, Et des louanges de la lune Descendre à la clarté commune D'un de ces feux du firmament Oui, sans profiter et sans nuire, N'ont reçu l'usage de luire Que par le nombre seulement ?

Entre les rois à qui cet âge Doit son principal ornement, Ceux de la Tamise et du Tage Font louer leur gouvernement; Mais en de si calmes provinces, Où le peuple adore les princes, Et met au degré le plus haut L'honneur du sceptre légitime, Sauroit-on excuser le crime De ne régner pas comme il faut ?

Ce n'est point aux rives d'un fleuve Où dorment les vents et les eaux Que fait sa véritable preuve L'art de conduire les vaisseaux; Il faut en la plaine salée Avoir lutté contre Malée, Et près du naufrage dernier S'être vu dessous les Pléiades

ï 3° POESIES DE MALHERBE.

Eloigné de ports et de rades, Pour être cru bon marinier.

Ainsi, quand la Grèce, partie D'où le mol Anaure couloit, Traversa les mers de Scythie En la navire qui parloit, Pour avoir su des Cyanées Tromper les vagues forcenées, Les pilotes du fils d'Eson, Dont le nom jamais ne s'efface, Ont gagné la première place En la fable de la toison.

Ainsi, conservant cet empire, Où l'infidélité du sort, Jointe à la nôtre encore pire, Alloit faire un dernier effort, Ma Reine acquiert à ses mérites Un nom qui n'a point de limites; Et, ternissant le souvenir Des reines qui l'ont précédée, Devient une éternelle idée De celles qui sont à venir.

Aussitôt que le coup tragique Dont nous fûmes presque abattus Eut fait la fortune publique L'exercice de ses vertus, En quelle nouveauté d'orage Ne fut éprouvé son courage, Et quelles malices de flots, Par des murmures effroyables, A des vœux à peine payables N'obligèrent les matelots?

Qui n'ouït la voix de Bellonne, Lasse d'un repos de douze ans, Telle que d'un foudre qui tonne, Appeler tous ses partisans, Et déjà les rages extrêmes Par qui tombent les diadèmes Faire appréhender le retour De ces combats dont la manie Est l'éternelle ignominie De Jarnac et de Moncontour !

Oui ne voit encore à cette heure Tous les infidèles cerveaux Dont la fortune est la meilleure Ne chercher que troubles nouveaux, Et ressembler à ces fontaines Dont les conduites souterraines Passent par un plomb si gâté, Que, toujours ayant quelque tare, Au même temps qu'on les répare L'eau s'enfuit d'un autre côté ?

La paix ne voit rien qui menace De faire renaître nos pleurs; Tout s'accorde à notre bonace; Les hivers nous donnent des fleurs; Et si les pâles Euménides, Pour réveiller nos parricides, Toutes trois ne sortent d'enfer, Le repos du siècle où nous sommes Va faire à la moitié des hommes Ignorer que c'est que le fer.

Thémis, capitale ennemie Des ennemis de leur devoir,

Comme un rocher est affermie En son redoutable pouvoir; Elle va d'un pas et d'un ordre Où la censure n'a que mordre, Et les lois, qui n'exceptent rien, De leur glaive et de leur balance Font tout perdre à la violence Qui veut avoir plus que le sien.

Nos champs même ont leur abondance Hors de l'outrage des voleurs; Les festins, les jeux et la danse En bannissent toutes douleurs.

Rien n'y gémit, rien n'y soupire; Chaque Amarille a son Tityre, Et sous l'épaisseur des rameaux Il n'est place où l'ombre soit bonne Qui soir et matin ne résonne Ou de voix ou de chalumeaux.

Puis quand ces deux grands hyménées, Dont le fatal embrassement Doit aplanir les Pyrénées, Auront leur accomplissement, Devons-nous douter qu'on ne voie, Pour accompagner cette joie, L'encens germer en nos buissons, La myrrhe couler en nos rues, Et sans l'usage des charrues Nos plaines jaunir de moissons ?

Quelle moins hautaine espérance Pouvons-nous concevoir alors, Que de conquêter à la France La Propontide en ses deux bords,

Et, vengeant de succès prospères Les infortunes de nos pères Que tient l'Egypte ensevelis, Aller si près du bout du monde, Oue le soleil sorte de l'onde Sur la terre des fleurs de lis ?

Certes, ces miracles visibles, Excédant le penser humain, Ne sont point ouvrages possibles A moins qu'une immortelle main.

Et la raison ne se peut dire, De nous voir en notre navire A si bon port acheminés, Ou, sans fard et sans flatterie, C'est Pallas que cette Marie Par qui nous sommes gouvernés.

Quoi qu'elle soit, Nymphe ou Déesse,

De sang immortel ou mortel,

Il faut que le monde confesse

Qu'il ne vit jamais rien de tel;

Et quiconque fera l'histoire

De ce grand chef-d'œuvre de gloire,

L'incrédule postérité

Rejettera son témoignage,

S'il ne la dépeint belle et sage

Au deçà de la vérité.

Grand Henri, grand foudre de guerre,

Que, cependant que parmi nous

Ta valeur étonnoit la terre,

Les Destins firent son époux;

Roi dont la mémoire est sans blâme,

Que dis-tu de cette belle âme,

1/j.O POESIES DE MALHERBE.

Quand tu la vois si dignement Adoucir toutes nos absinthes, Et se tirer des labyrinthes Où la met ton éloignement?

Que dis-tu lors que tu remarques Après ses pas ton héritier De la sagesse des monarques Monter le pénible sentier, Et pour étendre sa couronne Croître comme un faon de lionne ?

Que s'il peut un jour égaler Sa force avecque sa furie, Les Nomades n'ont bergerie Qu'il ne suffise à désoler.

Qui doute que si de ses armes

Ilion avoit eu l'appui,

Le jeune Atride avecque larmes

Ne s'en fût retourné chez lui,

Et qu'aux beaux champs de la Phrygie,

De tant de batailles rougie,

Ne fussent encore honorés

Ces ouvrages des mains célestes

Que jusques à leurs derniers restes

La flamme grecque a dévorés ?

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