AUTRE FRAGMENT
.A. mes pleines de vent, que la rage a blessées, Connoissez votre faute, et bornez vos pensées
En un juste compas; Attachez votre espoir à de moindres conquêtes ; Briare avoit cent mains, Typhon avoit cent têtes, Et ce que vous tentez leur coûta le trépas.
Soucis, retirez-vous ; faites place à la joie, Misérable douleur dont nous sommes la proie !
Nos vœux sont exaucés ; Les vertus de la Reine et les bontés célestes Ont fait évanouir ces orages funestes Et dissipé les vents qui nous ont menacés.
CHANSON
j ls s'en vont, ces rois de ma vie,
Ces yeux, ces beaux yeux
Dont l'éclat fait pâlir d'envie
Ceux même des cieux.
Dieux amis de l'innocence,
Qu'ai-je fait pour mériter
Les ennuis où cette absence
Me va précipiter ?
Elle s'en va, cette merveille
Pour qui nuit et jour, Quoi que la raison me conseille, Je brûle d'amour.
Dieux amis, etc.
En quel effroi de solitude
Assez écarté Mettrai-je mon inquiétude
En sa liberté ?
Dieux amis, etc.
Les affligés ont en leurs peines Recours à pleurer ;
POESIES DE MALHERBE. ÏJ.j
Mais quand mes yeux seroient fontaines, Que puis-je espérer ?
Dieux amis, etc.
SONNET ( Pour Etienne Puget. 1614.)
v>elle qu'avoit Hymen à mon cœur attachée, Et qui fut ici-bas ce que j'aimai le mieux, Allant changer la terre à de plus dignes lieux, Au marbre que tu vois sa dépouille a cachée.
Comme tombe une fleur que la bise a séchée, Ainsi fut abattu ce chef-d'œuvre des cieux ; Et depuis le trépas qui lui ferma les yeux, L'eau que versent les miens n'est jamais étanchée.
Ni prières, ni vœux ne m'y purent servir ; La rigueur de la mort se voulut assouvir, Et mon affection n'en put avoir dispense.
Toi dont la piété vient sa tombe honorer, Pleure mon infortune, et pour ta récompense Jamais autre douleur ne te fasse pleurer.
Belle âme qui fus mon flambeau, Reçois l'honneur qu'en ce tombeau Je suis obligé de te rendre ; Ce que je fais te sert de peu ; Mais au moins tu vois en la cendre Comme j'en conserve le feu.