‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 44 sur 81 · RÉCIT D'UN BERGER AU BALLET DE MADAME · texte numérisé non relu

RÉCIT D'UN BERGER AU BALLET DE MADAME

Princesse d'Espagne

ITouLETTE de Louis, houlette de Marie, Dont le fatal appui met notre bergerie

Hors du pouvoir des loups, Vous placer dans les cieux, en la même contrée

Des balances d'Astrée, Est-ce un prix de vertu qui soit digne de vous ?

Vos pénibles travaux, sans qui nos pâturages, Battus depuis cinq ans de grêles et d'orages,

S'en alloient désolés, Sont-ce pas des effets que même en Arcadie,

Quoi que la Grèce die, Les plus fameux pasteurs n'ont jamais égalés ?

Voyez des bords de Loire et des bords de Garonne Jusques à ce rivage où Téthys se couronne

De bouquets d'orangers, A qui ne donnez-vous une heureuse bonace,

Loin de toute menace Et de maux intestins, et de maux étrangers?

Où ne voit-on la paix, comme un roc affermie, Faire à nos Géryons détester l'infamie

v De leurs actes sanglants ?

Et la belle Cérès en javelles féconde

Oter à tout le monde La peur de retourner à l'usage des glands ?

POESIES DE MALHERBE. l±J

Aussi dans nos maisons, en nos places publiques, Ce ne sont que festins, ce ne sont que musiques

De peuples réjouis; Et que l'astre du jour ou se lève ou se couche,

Nous n'avons en la bouche Oue le nom de Marie et le nom de Louis.

Certes une douleur quelques âmes afflige, Ou'un fleuron de nos lis séparé de sa tige

Soit prêt à nous quitter; Mais quoi qu'on nous augure et qu'on nous fasse

Elize est-elle à plaindre [craindre,

D'un bien que tous nos vœux lui doivent souhaiter?

Le jeune demi-dieu qui pour elle soupire De la fin du couchant termine son empire

En la source du jour.

Elle va dans ses bras prendre part à sa gloire *

Quelle malice noire Peut sans aveuglement condamner leur amour ?

Il est vrai qu'elle est sage, il est vrai qu'elle est belle, Et notre affection pour autre que pour elle

Ne peut mieux s'employer.

Aussi la nommons-nous la Pallas de cet âge;

Mais que ne dit le Tage De celle qu'en sa place il nous doit envoyer ?

Esprits malavisés, qui blâmez un échange Où se perd et se baille un ange pour un ange,

Jugez plus sainement; Notre grande bergère a Pan qui la conseille; Seroit-ce pas merveille , Ou'un dessein qu'elle eût fait n'eût bon événement?

C'est en rassemblement de ces couples célestes, Que si nos maux passés ont laissé quelques restes,

Ils vont du tout finir; Mopse qui nous l'assure a le don de prédire,

Et lés chênes d'Epire Savent moins qu'il ne sait des choses à venir.

Un siècle renaîtra, comblé d'heur et de joie, Où le nombre des ans sera la seule voie

D'arriver au trépas; Tous venins y mourront comme au temps de nos

Et même les vipères [pères,

Y piqueront sans nuire, ou n'y piqueront pas.

La terre en tous endroits produira toutes choses, Tous métaux seront or, toutes fleurs seront roses,

Tous arbres oliviers; L'an n'aura plus d'hiver, le jour n'aura plus d'ombre,

Et les perles sans nombre Germeront dans la Seine au milieu des graviers.

Dieu, qui de vos arrêts formez nos destinées, Donnez un dernier terme à ces grands hyménées,

C'est trop les différer.

L'Europe les demande, accordez sa requête;

Qui verra cette fête, Pour mourir satisfait n'aura que désirer.

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