‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 50 sur 81 · STANCES SPIRITUELLES · texte numérisé non relu

STANCES SPIRITUELLES

Lo

^ouez Dieu par toute la terre,

Non pour la crainte du tonnerre

Dont il menace les humains, Mais pour ce que sa gloire en merveilles abonde, Et que tant de beautés qui reluisent au monde

Sont des ouvrages de ses mains.

Sa providence libérale

Est une source générale,

Toujours prête à nous arroser.

L'Aurore et l'Occident s'abreuvent en sa course, On y puise en Afrique, on y puise sous l'Ourse,

Et rien ne la peut épuiser.

N'est-ce pas lui qui fait aux ondes

Germer les semences fécondes

D'un nombre infini de poissons ; Oui peuple de troupeaux les bois et les montagnes, Donne aux prés la verdure, et couvre les campagnes

De vendanges et de moissons?

Il est bien dur à sa justice

De voir l'impudente malice

Dont nous l'offensons chaque jour; Mais comme notre père il excuse nos crimes, Et même ses courroux, tant soient-ils légitimes,

Sont des marques de son amour.

Nos affections passagères, Tenant de nos humeurs légères,

Se font vieilles en un moment ; Quelque nouveau désir comme un vent les emporte ; La sienne, toujours ferme et toujours d'une sorte,

Se conserve éternellement.

CHANSON

(Pour Madame de Rambouillet.)

>hère beauté que mon âme ravie Comme son pôle va regardant, Quel astre d'ire et d'envie Quand vous naissiez marquoit votre ascendant,

Que votre courage endurci, Plus je le supplie, moins ait de merci?

En tous climats, voire au fond de la Thrace, Après les neiges et les glaçons, Le beau temps reprend sa place, Et les étés mûrissent les moissons ; Chaque saison y fait son cours ; En vous seule on trouve qu'il gèle toujours.

J'ai beau me plaindre et vous conter mes peines Avec prière d'y compatir ; J'ai beau m'épuiser les veines, Et tout mon sang en larmes convertir :

Un mal au deçà du trépas, Tant soit-il extrême, ne vous émeut pas.

Je sais que c'est : vous êtes offensée, Comme d'un crime hors de raison, Que mon ardeur insensée En trop haut lieu borne sa guérison,

Et voudriez bien, pour la finir, M'ôter l'espérance de rien obtenir.

Vous vous trompez ; c'est aux foibles courages, Oui toujours portent la peur au sein, De succomber aux orages, Et se lasser d'un pénible dessein.

De moi, plus je suis combattu, Plus ma résistance montre sa vertu.

Loin de mon front soient ces palmes communes Où tout le monde peut aspirer ; Loin les vulgaires fortunes, Où ce n'est qu'un jouir et désirer ;

Mon goût cherche l'empêchement, Ouand j'aime sans peine j'aime lâchement.

Je connois bien que dans ce labyrinthe Le ciel injuste m'a réservé Tout le fiel et tout l'absinthe Dont un amant fut jamais abreuvé ;

Mais je ne m'étonne de rien :

Je suis à Rodanthe, je veux mourir sien.

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