‹ Poésies complètes de Malherbe; (volume 2)Chapitre 53 sur 81 · POUR MONSEIGNEUR LE COMTE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

POUR MONSEIGNEUR LE COMTE DE SOISSONS

IN e délibérons plus ; allons droit à la mort ; La tristesse m'appelle à ce dernier effort,

Et l'honneur m'y convie ;

Je n'ai que trop gémi ; Si parmi tant d'ennuis j'aime encore ma vie,

Je suis mon ennemi.

O beaux yeux, beaux objets de gloire et de grandeur, Vives sources de flamme, où j'ai pris une ardeur

Qui toute autre surmonte,

Puis-je souffrir assez i Pour expier le crime et réparer la honte

De vous avoir laissés?

Quelqu'un dira pour moi que je fais mon devoir, Et que les volontés d'un absolu pouvoir

Sont de justes contraintes ;

Mais à quelle autre loi Doit un parfait amant des respects et des craintes

Qu'à celle de sa foi ?

Quand le ciel offriroit à mes jeunes désirs Les plus rares trésors et les plus grands plaisirs

Dont sa richesse abonde ;

Que saurois-je espérer A quoi votre présence, ô merveille du monde,

Ne soit à préférer ?

On parle de l'enfer, et des maux éternels Baillés pour châtiment à ces grands criminels

Dont les fables sont pleines ;

Mais ce qu'ils souffrent tous, Le souffré-je pas seul en la moindre des peines

D'être éloigné de vous ?

J'ai beau par la raison exhorter mon amour De vouloir réserver à l'aise du retour

Quelque reste de larmes ;

Misérable qu'il est, Contenter sa douleur et lui donner des armes,

C'est tout ce qui lui plaît.

Non, non, laissons-nous vaincre après tant de com- Allons épouvanter les ombres de là-bas [bats ;

De mon visage blême ;

Et sans nous consoler Mettons fin à des jours que la Parque elle-même

A pitié de filer.

Je connois Charigène, et n'ose désirer Qu'elle ait un sentiment qui la fasse pleurer

Dessus ma sépulture;

Mais, cela m'arrivant, Quelle seroit ma gloire ! et pour quelle aventure

Voudrois-je être vivant?

A RABEL, PEINTRE,

Sur un livre de fleurs.

Vç^uelques louanges nonpareilles Qu'ait Appelle encore aujourd'hui, Cet ouvrage plein de merveilles Met Rabel au-dessus de lui.

L'art y surmonte la nature, Et si mon jugement n'est vain, Flore lui conduisoit la main Quand il faisoit cette peinture.

Certes il a privé mes yeux

De l'objet qu'ils aiment le mieux,

N'y mettant point de marguerite;

Malherbe.

Mais pouvoit-il être ignorant Qu'une fleur de tant de mérite Aurait terni le demeurant?

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