RÉCIT D'UN BERGER AU BALLET DE MAD.\ME, PRLNCESSE D'ESPAGNE
HOULETTE de Louis, houlette de Marie, Dont le fatal appui met notre bergerie Hors du pouvoir des loups.
Vous placer dans les deux en la même contrée
Des balances d'Astrée, Est-ce un prix de vertu qui soit digne de vous?
Vos pénibles travaux, sans qui nos pâturages. Battus depuis cinq ans de grêles et d'orages.
S'en allaient désolés, Sont-ce pas des effets que même en Arcadie,
Quoi que la Grèce die.
Les plus fameux phsteurs n'ont januiis égalés!
Voyei des bords de Loire, et des bords de Garonne, Jusques à ce rivage m'i Télhys se couronne
De bouquets d'orangers, A qui ne donne:{-vous une heureuse bonace.
Loin de toute menace Et de maux intestins, et de maux étrangers?
Où ni voit-on la paix comme un roc affermie. Faire à nos Géryons détester l'infamie De leurs actes sanglants?
Et la belle Cérès en javelles féconde
Oter à tout le inonde La peur de retourner à V usage des glands ?
Aussi dans nos maisons, en nos places publiques, Ce ne sont que festins, ce ne sont que musiques
De peuples réjouis; Et que l'astre du jour ou se lève ou se couche,
Nous n'avons en la bouche Que le nom de Marie, et le nom de Louis.
Certes une douleur quelques ânws afflige.
Qu'un fleuron de nos lis séparé de sa tige <••
Soit prêt à nous quitter; Mais quoi qu'on nous augure et qu'on vous fasse craiidre,
Éli^e est-elle à plaindre D'un bien que tous nos vœux lui doivent souhaiter?
Le jeune dtini-d'ieu qui pour elle soupire, De la fin du couchant termine son empire
En la source du jour.
Elle va dans ses bras prendre part à sa gloire;
Quelle malice noire Peut sans aveuglement condamner leur amour?
Il est vrai qu'elle est sage, il est vrai qu'elle est belle. Et notre affection pour autre que pour elle
Ne- peut mieux s'employer.
Aussi la nommons-nous la Pallas de cet âge;
Mais que ne dit le Tage De celle qu'en sa place il nous doit envoyer?
Esprits malavisés, qui blâme:!^ un échange, Où se prend et se baille un ange pour un ange, J"S^\ /''"^ sainement ;
Notre grande bergère a Pan qui la conseille;
Seroit-ce pas merveille Qu'un dessein qu'elle etit fait n'eût bon événement!
C'est en rassemblement de ces couples célestes, Que si nos maux passés ont laissé quelques restes,
Ils vont du tout finir ; Mopse qui nous l'assure a le don de prédire.
Et les chênes d'Epire Savent moins qu'il ne sait des choses à venir.
Un siècle renaîtra cotnblé d'heur et de joie. Où le nombre des ans sera la seule voie D'arriver au trépas; Tous venins y mourront comme au temps de nos pères;
Et même les vipères Y piqueront sans nuire, ou n'y piqueront pas.
La terré en tous endroits produira toutes choses, Tous métaux seront or, toutes fleurs seront roses,
Tous arbres oliviers ; L'an n'aura plus d'hiver, le jour n'aura plus d'ombre.
Et les perles sans nombre Germeront dans la Seine au milieu des graviers.
Dieux, qui de vos arrêts forme:^ nos destinées, Donnc:^ un dernier terme à ces grands hyménées,
C'est trop les différer.
. L'Europe les demande, accorde:^ sa requête; Oui verra cette fête, Pour mourir satisfait n'aura que désirer.
LMII