‹ Poésies complètes de MalherbeChapitre 18 sur 53 · PLAINTE SUR UNE ABSENCE · texte numérisé non relu

PLAINTE SUR UNE ABSENCE

STANCES

' OMPLICES de ma servitude, ' Pensers où mon inquiétude Trouve son repos désiré.

Mes fidèles amis, et mes vrais secrétaires, Ne m'abandonne^ point en ces lieux solitaires; C'est pour l'amour de vous que j'y suis retiré.

Partout ailleurs je suis en crainte;

Ma langue demeure contrainte;

Si je parle c'est à regret; fe pèse mes discours, je me trouble et m'étonne; Tant j'ai peu d'assurance en la foi de personne; Mais à vous je suis libre, et n'ai rien de secret.

Fous liscy bien en mon visage

Ce qm je souffre en ce voyage,

Dont le ciel m'a voulu punir; Et save:^ bien aussi que je ne vous demande, Etant loin de ma' dame, une grâce plus grande Que d'aimer sa mémoire, et m'ai entretenir.

Dites-moi donc sans artifice.

Quand je lui vouai mon service.

Faillis- je en tiwn élection?

N'est-te pas un objet digne d'avoir un temple? Et dont les qualités n'ont jamais eu d'exemple. Comme il n'en fut jamais de nwn affection ?

Au retour des saisons nouvelles Choisis sej^ les fleurs les plus belles. De qui la campagne se peint; En trouvcre^-vous utie, où le soir de nature Ait avecque tant d'art employé sa peinture. Qu'elle soit comparable aux roses de son teint?

Peut-on asse:{ vanter l'ivoire De son front, oii sont en leur gloire La douceur et la majesté?

Ses yeux, nwins à des yeux qu'à des soleils seifiblables. Et de ses beaux cheveux les nœuds inviolables. D'où n'échappe jamais rien qu'elle ait arrêté?

Ajoute^ à tous ces miracles Sa bouche, de qui les oracles Ont toujours de nouveaux trésors; Prem^ gurue à ses mœurs, considêrci^-la toute ; Ne m'avotire:;^-vous pas que vous êtes en doute Ce qu'elle a plus parfait, ou l'esprit, ou le corps ?

Mon m par son rare mérite A fait qiu la terre est petite Pour un nom si grand que le sien; Mais si mes longs travaux faisaient cette conquête. Quelques fameux lauriers qui lui couvrent la tête, Il n'en auroit pas un qui fût égal au mien.

Aussi quoique l'on me propose Que l'espirai'ce m'en est close.

Et qu'on n'en peut rien obtenir, Puisqu'à si beau dessein nwn désir me convie. Son extrême rigueur me coûtera la vie, Ou mon extrême foi m'y fera parvenir.

Si les tigres les plus sauvages

Enfin apprivoisent leurs rages.

Flattés par un doux traitement.

Par la même raison pourquoi n'est-il croyable

Qu'à la fin mes ennuis la rendront pitoyable,

Pourvu que je la serve à son conteniement?

Toute ma peur est que l'ahsetwe

Ne lui dotine quelque licence

De tourner ailleurs ses appas; Et qu'étant, comme elle est, d'un sexe variable. Ma foi, qu'en me voyant elle avoit agréable. Ne lui soit contemptible en ne me voyant pas.

Amour a cela de Neptune,

Que toujours à quelque infortune

Il se faut tenir préparé;

Ses infidèles flots ne sont point sans orages;

Aux jours les plus sereins on y fait des naufrages;

Et même dans le port on est mal assuré.

Peut-être qu'à celle mênie heure Que je languis, soupire, et pleure, De tristesse me consumant, Elle qui n'a souci de moi, ni de mes larmes, Étale sis beautés, fait montre de ses charmes. Et met en ses filets quelque nouvel amant.

Tout beau, pensers mélancoliques.

Auteurs d'aventures tragiques,

De quoi m'ose:i-vous discourir?

Impudents boute-feux de noise et de querelle, Ne save:(-vous pas bien que je brûle pour elle, El que me la blâmer c'est me faire mourir?

Dites-moi qu'elle est sans reproche,

Que sa constance est une roche.

Que rien n'est égal à sa foi; Prc<:he:^-moi ses vertus, contez-m'en des merveilles; C'est le seul entretien qui plaît à mes oreilles; Mais pour en dire mal n'approche^ point de moi.

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