‹ Poésies complètes de MalherbeChapitre 28 sur 53 · POUR MONSEIGNEUR LE COMTE DE SOISSONS · texte numérisé non relu

POUR MONSEIGNEUR LE COMTE DE SOISSONS

STANCES

NE délibérons plus; allons droit à la mort ; La tristesse m'appelle à ce dernier effort. Et l'honneur m'y convie; Je n'ai que trop gémi; Si parmi tant d'ennuis j'aime encore ma vie, fe suis mon ennemi.

0 beaux yeux, beaux objets de gloire et de grandeur. Vives sources de flammes, où j'ai pris une ardeur

Qui toute autre surmonte,

Puis-je souffrir asse:^, Pour expier le crime, et réparer la honte

De vous avoir laissés?

Quelqu'un dira pour moi que je fais mon devoir; Et que les volontés d'un absolu pouvoir Sont de justes contraintes;

Mais à quelle autre loi Doit uti parfait aniant des respects et des craintes Qu'à celle de sa foi?

Quand le ciel offrirait à mes jeunes désirs

Les plus rares trésors, et les plus grands plaisirs

Dont sa richesse abonde;

Que saurois-je espérer A quoi votre présence, o merveille du monde,

Ne soit à préférer?

On parle de l'enfer, et des maux éternels. Baillés pour châtiment à ces grands criminels

Dont les fables sont pleines;

Mais ce qu'ils souffrent tous, Le souffré-je pas seul en la moituire des peines

D'être éloigné de vous?

J'ai beau par la raison exhorter mon amour De vouloir réserver à l'aise du retour

Quelque reste de larmes;

Misérable qu'il est, Contenter sa douleur, et lui donner des artnes,

C'est tout ce qui lui plaît.

Non, non, laissons-nous vaincre après tant de combats; Allons épouvanter les ombres de là-bas

De mon visage blême;

Et sans nous consoler, Mettons fin à des jours que la Parque elle-même

A pitié de filer.

Je convois Charigène, et n'ose désirer Qu'elle ail un sentiment qui la fasse pleurer Dessus ma sépulture;

Mais cela m'airivant.

Quelle serait ma gloire? et pour quelle aventure Voudrais- je être vivant?

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