POUR MONSEIGNEUR LE COMTE DE SOISSONS
STANCES
NE délibérons plus; allons droit à la mort ; La tristesse m'appelle à ce dernier effort. Et l'honneur m'y convie; Je n'ai que trop gémi; Si parmi tant d'ennuis j'aime encore ma vie, fe suis mon ennemi.
0 beaux yeux, beaux objets de gloire et de grandeur. Vives sources de flammes, où j'ai pris une ardeur
Qui toute autre surmonte,
Puis-je souffrir asse:^, Pour expier le crime, et réparer la honte
De vous avoir laissés?
Quelqu'un dira pour moi que je fais mon devoir; Et que les volontés d'un absolu pouvoir Sont de justes contraintes;
Mais à quelle autre loi Doit uti parfait aniant des respects et des craintes Qu'à celle de sa foi?
Quand le ciel offrirait à mes jeunes désirs
Les plus rares trésors, et les plus grands plaisirs
Dont sa richesse abonde;
Que saurois-je espérer A quoi votre présence, o merveille du monde,
Ne soit à préférer?
On parle de l'enfer, et des maux éternels. Baillés pour châtiment à ces grands criminels
Dont les fables sont pleines;
Mais ce qu'ils souffrent tous, Le souffré-je pas seul en la moituire des peines
D'être éloigné de vous?
J'ai beau par la raison exhorter mon amour De vouloir réserver à l'aise du retour
Quelque reste de larmes;
Misérable qu'il est, Contenter sa douleur, et lui donner des artnes,
C'est tout ce qui lui plaît.
Non, non, laissons-nous vaincre après tant de combats; Allons épouvanter les ombres de là-bas
De mon visage blême;
Et sans nous consoler, Mettons fin à des jours que la Parque elle-même
A pitié de filer.
Je convois Charigène, et n'ose désirer Qu'elle ail un sentiment qui la fasse pleurer Dessus ma sépulture;
Mais cela m'airivant.
Quelle serait ma gloire? et pour quelle aventure Voudrais- je être vivant?