‹ Poésies complètes de MalherbeChapitre 32 sur 53 · A MONSIEUR DE LA GARDE, AU SUJET DE SON HISTOIRE SAINTE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE LA GARDE, AU SUJET DE SON HISTOIRE SAINTE

LA Garde, Us doctes écrits Montrent le soin que tu as pris A savoir toutes belles choses; Et ta prestance et tes discours Étalent un heureux concours De toutes les grâces écloses.

Davantage tes actions Captivent les affections Des cœurs, des yeux et des oreilles; Forçant les personnes d'honneur De te souhaiter tout bonheur Pour tes qualités nonpareilles.

Tu sais bien que je suis de ceux Qui ne sont jamais paresseux A louer les vertus des hommes; Et dans Paris en mes vieux ans

Je passe en ce dnvir mon temps.

Au malheureux siècle où nous sommes.

Mais, las! la perte de mon fils, Ses assassins d'orgueil bouffis.

Ont toute ma vigueur raine; L'ingratitude et peu de soin Que montrent les grands au besoin, De douleur accablent ma i>ic.

sa

Je ne désiste pas pourtant D'être dans moi-même content D'avoir bien vécu dans le monde.

Prisé (quoique vieil abattu) Des gens de bien et de vertu :

Et voilà le bien qui m'abonde.

Nos jours passent comme le vent; Les plaisirs nous vont décevant; Et toutes les faveurs humaines Sont hémérocalles d'un jour; Grandeurs, richesses et l'amour Sont fleurs périssables et vaines.

Nous avons tant perdu d'amis.

Et de biens, par le sort transmis An pouvoir de nos adversaires; Néanmoins nous voyons du port D'autrui le débris et la mort, En nous éloignant des corsaires.

Ainsi puissions-nous voir longtemps Nos esprits libres et contents.

Sous l'influence d'un bon astre.

Que vive et meure qui voudra/ La constance nous résoudra Contre l'effort de tout désastre.

Le soldat remis par son chef.

Pour se garantir de méchef, En état de faire sa garde, N'oserait pas en déloger Sans congé, pour se soulager.

Nonobstant que trop il lui tarde;

Car s'il procédait autrement.

Il serait ptini praiiiplcment.

Aux dépens de sa propre vie.

Le parfait chrétien tout ainsi, Créé pour obéir ici, Y tient sa fortune asservie.

Il ne doit pas quitter h lieu Ordonné par la loi de Dieu; Car l'âme qui lui est commise, Félonne ne doit pas fuir Pour sa damnation n'encourir.

Et n'être en l'Erèbe remise.

Désolé je tiens ce propos,

Voyant approcher Atropas,

Pour couper le nœud de ma trame;

Et ne puis ni veux l'éviter.

Moins aussi la piécipiier;

Car Dieu seul commande en nwn âme.

Non, Malherbe n'est pas de ceux Que l'esprit d'enfer a déceus Pour acquérir la renommée De s'être affranchis de prison Par une lame, ou par poison.

Ou par une rage animée.

Au seul point que Dieu prescrira.

Mon âme du corps partira

Sans contrainte ni violence;

De l'enfer les tnitatians.

Ni toutes mes afflictions

Ne forceront point nui constance.

Go

Mais, la Garde, voye:;^ covimetit On se divague doucement, Et comme notre esprit agrée De s'entretenir près et loin, Encor qu'il n'en soit pas besoin, Avec l'objet qui le récrée.

J'avois vtis ma plume à la main,

Avec l'honorable dessein

De louer votre sainte Histoire;

Mais l'amitié que je vous dois,

Par delà ce que je voulais

A fait débaucher ma mémoire.

Vous n'étiei présent en l'esprit.

En voulant tracer cet écrit; Et me semblait vous voir paraître Brave et galant en cette cour.

Où les plus huppés à leur tour

Tâchaient de vous voir et connaître.

Mais ores à mai revenu, Comme d'un doux songe advenu Qui tous nos sentiments cajole; Je veux vous dire franchement.

Et de ma façon librement.

Que votre Histoire est une école.

Pour moi, en ce que fen ai ven J'assure quelle aura l'aven De tout excellent personnage; Et puisque Malherbe le dit.

Cela sera sans contredit.

Car c'est un très- juste présage.

Toute la France sait fort bien Que je n'estime ou reprends rien Que par raison et par bon titre, Et que les doctes de mon temps Ont toujours été très-contents De m'élire pour leur arbitre.

La Garde, vous m'en croire:^ donc.

Que si Gentilhomme Jut onc

Digne d'éternelle mémoire,

Par vos vertus vous le sere\.

Et votre los rehau^sere:^

Par votre docte et sainte Histoire.

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