‹ Poésies complètes de MalherbeChapitre 40 sur 53 · AU ROI HENRI LE GRAND, SUR LA PRISE DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

AU ROI HENRI LE GRAND, SUR LA PRISE DE MARSEILLE

» ODE

ENFIN, après tant d'années.

Voici l'heureuse saison Où vos misères bornées Vont avoir leur guèrison.

Les Dieux longs à se résoudre Ont fait un coup de leur foudre,

Qui montre aux ambitieux, Que les fureurs de la terre Ne sont qiu paille et que -verre A la colère des deux.

Peuples, à qui la tempête A fait faire tant de vœux, Quelles fleurs à cette fête Couronneront vos cheveux?

Quelle victime asse:^ grande Donnere:i-vous pour offrande?

Et quel Indiqtie séjour Une perle fera naître Efasseï de lustre, pour être La marqtu d'un si beau jour ?

Cet effoyable colosse, Casaux, l'appui des mutins, A mis le pied dans la fosse Que lui envoient les destins.

Il est bas, le parricide; Un Alcide fils d'Alcide.

A qui la France a prêté Son invincible génie, A coupé sa tyrannie D'un glaive de liberté.

Les aventures du monde Vont d'un ordre mutuel.

Comme on voit au bord de Tonae hn reflux perpétuel.

L'aise et l'ennui de la vie Ont leur course entre-suivie

Aussi naturellement Que le chaud et la froidure.

Et rieti, afin que tout dure, Ne dure éternellement.

Cinq ans Marseille volée A son juste possesseur, Avoit langui désolée Aux mains de cet oppresseur.

Enfin le temps l'a remise En sa première franchise ; Et les maux qu'elle enduroit Ont eu ce bien pour échange, Qu'elle a vu parmi la fange Fouler u qu'elle adorait.

Déjà tout le peuple More A ce miracle entendu; A l'un et l'autre bosphore Le bruit en est répandu; Toutes les plaines le savent Que l'Inde et l'Euphrate lavent; Et déjà pâle d'effroi Memphis se pense captive, Voyant si près de sa rive Un neveu de Godefroi.

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ODE

SOIT que de tes lauriers la grandeur poursuivant D'un cœur où l'ire juste et la gloire commande,

Tu passes comme un foudre en la Une Flamande, D'Espagnols abattus la campagne pavant;

Soit qu'en sa dernière tête

L'Hydre civile t'arrête, ^ Roi, que je verrai jouir

De l'Empire de la terre,

Laisse le soin de la guerre,

Et pense à le réjouir.

Nombre tous les succès où la fatale main, Sous l'appui du bon droit aux batailles conduite. De tes peuples mutins la malice a détruite. Par un heur éloigné de tout penser humain ; Jamais tu. n'as vu journée De si douce destinée; Non celle où tu rencontras Sur la Dordogne en désordre L'orgueil à qui lu fis nwrdre La poussière de Coulras.

Casaux, ce grand Titan qui se moquoit des deux, A vu par le trépas son audace arrêtée, Et sa rage infidèle, atuc étoiles montée. Du plaisir de sa chute a fait rire nos yeux.

Ce dos chargé de pourpre, et rayé de clinquants, A dépouillé sa gloire au milieu de la fange, Les Dieux qu'il ignorait ayant fait cet échange Pour venger en un jour ses crimes de cinq ans.

La mer en cette furie

A peine a sauvé Dorie ;

Et le funeste remords

Qite fait la peur des supplices,

A laissé tous ses complices

Plus morts qiu s'ils étaient morts.

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