‹ Poésies complètes de MalherbeChapitre 43 sur 53 · PENDANT SA RÉGENCE · texte numérisé non relu

PENDANT SA RÉGENCE

ODE

SI quelque avorton de l'envie Ose encore lever les yeux.

Je veux bander contre sa vie L'ire de la terre et des deux; Et dans les savantes oreilles Verser de si dvuces meiveilles.

Que ce misérable corbeau.

Comme oiseau d'augure sinistre.

Banni des rives de Caïstre, S'aille caclxr dans le tombeau.

Fene^ donc, non pas habillées Comme on vous trouve quelquefois.

En jupe dessous les feuillées Dansant au silence des bois.

Fenei en robes, où l'on voie Dessus les outrages de soie

Les rayons d'or élinaler; Et charge:^ de perles vos têtes.

Comme quand vous aUe:^^ aux fêtes Où les Dieux vous font appeler.

Quand le sang bouillant en mes veines Me donnoit de jeunes désirs, Tantôt vous soupirie:^ mes peines, Tantôt vous chantie::^ mes plaisirs; Mais aujourd'hui que nies années Vers leur fin s'en vont terminées, Siéroit-il . bien à mes écrits D'ennuyer les races futures Des ridicules avtutures D'un amoureux en cheveux gris?

Non, vierges, non; je me retire De tous ces frivoles discours; Ma Reine est un but à ma lyre.

Plus juste que nulles amours; Et quand f aurai, comme j'espère, Fait ouïr du Gange à l'Ibère Sa louange à tout l'univers, Permesse me soit un Cocyte, Si jamais je vous félicite De m'aider à faire des vers.

Aussi bien chanter d'autre chose.

Ayant chanté de sa grandeur.

Serait-ce pas après la rose Aux pavois chercher de l'odeur?

Et des louanges de la lune Descendre à la clarté commune

D'un de ces feux du firmament, Qui sans profiter et sans nuire, N'ont reçu l'usage de luire Que par le natnbre seulement?

Entre les rois à qui cet âge Doit son principal ornement.

Ceux de la Tamise et du Tage Font louer leur gouvernement; Mais en de si calmes provinces, Où le peuple adore les princes.

Et met au degré le plus haut L'honneur du sceptre légitime, Sauroii-on excuser le crime De ne régner pas comme il faut?

Ce n'est point aux rives d'un fleuve, Où dorment les vents et les eaux, Que fait sa véritable preuve L'art de conduire les vaisseaux; Il faut en la plaine salée Avoir lutté contre Malà, Et près du naufrage dernier S'être vu dessous les Pléiades Éloigné de ports et de rades. Pour être cru bon marinier.

Ainsi quand la Grèce partie D'où le tnol Anaure coulait.

Traversa les mers de Scythic En la navire qui parlait, Pour avoir su des Cyanées Tromper les vagues forcenées.

Les pilotes du fils d'Éson, Dont h nom jamais ne s'efface.

Ont gagné la première place En la fable de la toison.

Ainsi conservant cet empire Où l'infidélité du sort.

Jointe à la notre encore pire, Allait faire un dernier effort.

Ma Reine acquiert à ses mérites Un nom qui n'a point de limites; En ternissant le souvenir Des reines qui l'ont précédée.

Devient une éternelle idée De celles qui sont à venir.

Aussitôt que le coup tragique Dont nous fûmes presque abattus.

Eut fait la fortune publique L'exercice de ses vertus.

En quelle nouveauté d'orage Ne fut épivuvé son courage?

Et quelles malices de flots.

Par des murmures effroyables, A des vœux à peine payables N'obligèrent les matelots?

Qui n'ouït la voix de Bellonne, Ijtssée d'un repos de dou:;e ans.

Telle que d'un foudre qui tonne.

Appeler tous ses partisans; Et déjà les rages extrêmes, Par qui tombent les diadèmes.

Faire appréhender le retour De ces combats, dont la manie Est ] éternelle ignominie De Jarnac et de Moncontpiir?

Qui ne voit encore à cette heure Tous les infdcles cerveaux Dont la fortune est la meilleure, Ne chercher que troubles nouveaux; Et ressembler à ces fontaines Dont les conduites souterraines Passent par un plomb si gâté, Que toujours ayant quelque tare, Au même temps qu'on les répare L'eau s'enfuit d'un aulre-cdté?

La paix tte voit rien qui menace De faire renaître nos pleurs; Tout s'accorde à notre bonace; Les hivers nous donnent des fleurs ; Et si les pâles Eunténides, Pour réveiller nos parricides, Toutes trois ne sortent d'enjer, Le repos du siècle où nous sommes Va faire à la moitié des hommes Ignorer que c'est que le fer.

Thémis, capitale ennemie Des ennemis de leur deiioir, Comme un rocher est affermie En son redoutable pouvoir; Elle va d'un pas et d'un ordre Oi'i la censure n'a que mordre;

Et les lois qui n'exceptent rien De leur glaive et de leur balance, Font tout perdre à la violence Qui veut avoir plus que le sien.

Nos champs même ont leur abondance.

Hors de l'outrage des voleurs; Les festins, les jeux, et la danse En bannissent toutes douleurs.

Rien n'y gémit, rien n'y soupire; Chaque Amarille a son Tityre, Et sous l'épaisseur des rameaux.

Il n'est place où l'ombre soit bonne.

Qui soir et matin ne résonne Ou dt voix, ou de chalumeaux.

Puis quand ces deux grands hyménées, Pont le fatal emhrassenient Doit aplanir les Pyrénées, Auront leur accomplissement.

Devons-nous douter qu'on ne voie.

Pour accompagner cette joie.

L'encens germer en nos buissons, La myrrhe couler en nos rues.

Et sans l'usage des charrues.

Nos plaines jaunir de moissons ?

Quelle moini hautaine espérance Pouvons-nous concevoir alors.

Que de conquêter à la France La Propontide en ses deux bords?

Et vengeant de succès prospères Les infortunes de nos pères,

Que tient l'Egypte ensevelis, Aller si près du bout du monde, Que h soleil sorte de fonde Sur la terre des fleurs de lis?

Certes ces miracles visibles Excédant le penser humain, Ne sont point outrages possibles A moins qu'une immortelle main.

Et la raison ne se peut dire.

De nous voir en notre navire A si bon port acheminés.

Ou sans fard et sans flatterie.

C'est Pallas que cette Marie, Pur qui nous sommes gouvernés.

Quoi qu'elle soit, Nymphe ou Déesse,

De sang immortel ou mortel.

Il faut que le monde confesse

Qu'il ne vit jamais rien de tel ;

Et quiconque fera l'histoire *

De ce grand clxf-d'œuire de gloire.

L'incrédule postérité

Rejettera son témoignage,

S'il ne la dépeint belle, et sage ■

Au deçà de la vérité.

Grand Henri, grand foudre de guerre,

Que cependant que parmi nous

Ta valeur étonnoit la terre.

Les Destins firent sou époux;

Roi dont la mémoire est sans blâme,

Que dis-tu de cette belle âme.

Quand tu la vois si dignement Adoucir toutes nos absinthes, Et se tirer des labyrinthes Où la met ton éloignement?

Que dis-tu lors que tu remarques Après ses pas ton héritier.

De la sagesse des nwnarques Monter le pénible sentier?

Et pour étendre sa couronne.

Croître comme un faon de lionne?

Que s'il peut un jour égaler Sa force avecque sa furie, Les Nomades n'ont bergerie Qu'il ne suffise à désoler.

Qui doute que si de ses armes

Ilion avait eu l'appui,

Le jeune Atride avecque larmes

Ne s'en fût retourné che^ lui;

Et qu'aux beaux champs de la Phrygie",

De tant de batailles rougie.

Ne fussent encore honorés

Ces ouvrages des mains célestes.

Que jusques à leurs derniers restes

La flamme grecque a dévorés ?

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