TABLEAU VIII
« Berger, j'appartiens à Diane :
Pourquoi toujours suis-tu mes pas ?
Je hais Vénus : fuis donc, profane; Crains cette flèche et le trépas. » Elle dit, et sa main cruelle
Sur l'arc pose le trait léger :
Mais Myrtis qui la voit si belle, Sourit et brave le danger.
Un fossé profond les sépare; Avec audace il est franchi.
Imprudent! D’un regret suivi, Le trait vole, siffle et s’égare.
La nymphe de nouveau s'enfuit ; Le berger toujours la poursuit.
Dans une grotte solitaire,
De Diane asile ordinaire,
Elle entre ; et sa main aussitôt Saisit et lève un javelot.
Sa fierté, sa grâce pudique, Irritent le désir naissant.
D’un côté sa blanche tunique Tombe, et sur le genou descend; De l’autre, une agate polie
Le relève, livrant aux yeux
Le lis d’une cuisse arrondie,
Et des contours plus précieux.
LES DÉGUISEMENTS
De son sein qui s’enfle et palpite, Et dont ce combat précipite
Le voluptueux mouvement
Un globe est nu : le jeune amant S’arrête, et des yeux il dévore, Malgré le javelot fatal,
L’albâtre pur et virginal
Qu’au sommet la rose colore.
Il saisit la Nymphe ; et sa voix Pour l’implorer devient plus tendre.
Des cris alors se font entendre; Le cor résonne dans les bois.
« Malheureux! laisse-moi, dit-elle, Diane est jalouse et cruelle :
Si je l’invoque tu péris. »
Malgré sa nouvelle menace,
Le berger fortement l’embrasse :
Des baisers préviennent ses cris.
Diane approche, arrive, passe, Au loin elle conduit la chasse,
Et laisse la nymphe à Myrtis.