TABLEAU XXIX
« Arrêtez, charmante Déese !
Votre main au banquet des cieux, Verse le nectar, et des Dieux Vous éternisez la jeunesse.
— Îlest vrai: dans ma coupe d’or Tes lèvres trouveront encor
De ce breuvage quelque reste : Bois donc. — J'ai bu. Quelle chaleur Pénètre mes sens et mon cœurl Restez, Ô Déesse ! — Je reste. »
Il est heureux, et ses désirs Demandent de nouveaux plaisirs, En riant, la jeune Immortelle S’échappe, fuit et disparaît.
Le berger en vain la rappelle.
Seul il marche, de la forêt
I suit les routes ténébreuses ;
Et là dans ses bras tour à tour Tombent les maîtresses nombreuses Qu'un moment lui donna l'Amour.
Un moment, bergères, princesses, Nymphes, bacchantes et déesses, Recoivent ses baisers nouveaux, Puis s’échappent : point de repos; Du nectar la douce puissance Soutient sa rapide inconstance.
Ses vœux n’appelaient point Vesta, Et dans son temple elle resta,
Las enfin, sous le frais ombrage
Il s’assied, et sa faible voix Implore une seconde fois L’échansonne au divin breuvage.
Elle vient ; à Myrtis encor
Sa main offre la coupe d’or,
Et déjà les désirs renaissent.
De son bienfait Hébé jouit ;
Sous ses attraits les fleurs s’affaissent ; Plus belle ensuite elle s’enfuit.
Le berger, dont la douce plainte La poursuit jusque dans les cine Sur le gazon voluptueux
De ses charmes baise l'empreinte, Et le sommeil ferme ses yeux.