‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 64 sur 106 · RE · texte numérisé non relu

RE

Inspirant toujours la frayeur, Ajoute encore à la laideur

Qu'on reçoit dans la sépulture :

De vous plaire je suis jaloux,

Et je veux rester invisible.

Souvent du zéphyr le plus doux Je prendrai l’haleine insensible ; Tous mes soupirs seront pour vous, Ils feront vaciller la plume

Sur vos cheveux noués sans art, Et disperseront au hasard

La faible odeur qui les parfume.

Si la rose que vous aimez Renaît sur son trône de verre, Si de vos flambeaux rallumés Sort une plus vive lumière,

Si l'éclat d’un nouveau carmin Colore soudain votre joue,

Et si souvent d’un joli sein

Le nœud trop serré se dénoue ; Si le sopha plus mollement Cède au poids de votre paresse ; Donnez un souris seulement

A tous ces soins de ma tendresse.

Quand je reverrai les attraits Qu'’effleura ma main caressante, Ma voix amoureuse et touchante Pourra murmurer des regrets ; Et vous croirez alors entendre Cette harpe qui sous mes doigts Sut vous redire quelquefois

Ce que mon cœur savait m'apprendre.

Aux douceurs de votre sommeil Je joindrai celles du mensonge,

Moi-même sous les traits d’un songe, Je causerai votre réveil :

Charmes nus, fraicheur du bel âge, Contours parfaits, grâce, embonpoint, Je verrai tout : ma's quel dommage !

Les morts ne ressuscitent point.

PROJET DELSOEPTUDE

Fuyons ces tristes lieux, 6 maîtresse adorée ; Nous perdons en espoir la moitié de nos jours,

Et la crainte importune y trouble nos amours. Non loin de ce rivage est une île ignorée, Interdite aux vaisseaux, et d’écueils entourée.

Un zéphyr éternel y rafraîchit les airs.

Libre et nouvelle encor, la prodigue nature Embellit de ses dons ce point de l’univers :

Des ruisseaux argentés roulent sur la verdure,

Et vont en serpentant se perdre au sein des mers; Une main favorable y reproduit sans cesse L’ananas parfumé des plus douces odeurs ;

Et l’oranger touffu, courbé sous sa richesse,

Se couvre en même temps et de fruits et de fleurs. Que nous faut-il de plus ? Cette île fortunée Semble par la nature aux amants destinée.

L’océan la resserre, et deux fois en un jour

De cet asile étroit on achève le tour.

Là je ne craindrai plus un père inexorable.

C’est là qu’en liberté tu pourras être aimable,

Et couronner l’amant qui t’a donné son cœur.

Vous coulerez alors, mes paisibles journées,

Par les nœuds du plaisir l’une à l’autre enchaînées. Laissez-moi peu de gloire et beaucoup de bonheur

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