‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 7 sur 106 · LE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LE SIXIÈME

Non:

L'ANGE Mais cependant quelle fut ta croyance ?

LE SIXIÈME L’ame immortelle, un dieu qui récompense Et qui punit, rien de plus.

L'ANGE En ce’ cas:

Entre, et choisis ta place où tu voudras.

Ainsi raisonne, ou plutôt déraisonne Un philosophe, un sage de nos jours.

Sage insensé ! mais que Dieu lui pardonne, Si Dieu le peut, cet étrange discours.

Français, croyez tout ce qu'ont cru vos pères : Femmes, aimez ce qu’ont aimé vos mères ; Croyez, aimez ; et lorsqu'il vous plaira, Du ciel pour vous la porte s’ouvrira. Non, arrêtez : la guerre vient d’éclore Dans ces hauts lieux ; le royaume d’azur À Jésus-Christ n’appartient pas encore :

On va combattre, attendre est le plus sûr.

Trop négligés dans leur petit domaine, Les dieux païens subsistaient avec peine :

L’encens manquait. Leurs rivaux plus heureux Escamotaient les terrestres prières, Les chants discords, les offrandes, les vœux, Et les parfums, là-haut si nécessaires.

Gens affamés n’entendent pas raison.

Peu satisfaits de leur maigre pitance, Quelques Sylvains d’un appétit glouton Pleuraient un jour leur première abondance.

Leurs poings fermés, leurs regards menaçans, Sur les chrétiens se détournaient sans CESSE, Ils déclamaient contre l’humaine espèces Quand tout à coup un nuage d’encens

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De leur humeur adoucit la tristesse.

« Bon, dit l’un d’eux, celui-là vient à nous ; De sa vapeur d'avance je m’enivre.

Comme il est gros |! Amis, rassurez-vous, Pour quelqué temps nous aurons de quoi vivre. »

A bien dîner à tort il s’attendait.

Quarante sairts, qu’un ange commandait, , Au paradis convoyaient ce nuage.

Il s’approcha des Sylvains étonnés,

Et passa juste à deux doigts de leur nez.

Ce qui n’était qu’un simple badinage

Au sérieux fut pris paï ces pandours.

De Jupiter l’ordre est précis, n'importe :

A coups de sabre ils tombent sur l’escorte.

L’escorte a peut, elle crie au secours :

En attendant les coups pleuvent toujours.

L'ange, privé de ses ailes rapides,

A pied s'enfuit : on houspille les saints:

Tout se disperse, et déjà les Sylvains

Sur le convoi porteñit leurs mains avides.

Du paradis accourent par bonheur

D'autres chrétiens, qui leur font lâcher prise. D’autres païens arrivent par malheur,

Qui des premiers soutiennent l’entreprise.

Trente contre un ces chrétiens combatiaient ; Plus aguerris, ces païens les frottaient ;

Et la victoire est encore indécise.

Mais j'aperçois Samson. Tremblez, faquins !

L’arme fragile, instrument de sa gloire, Vaincra toujours : cette heureuse mâchoire Brisa cent fois celle des Philistins ;

Fuyez, vous dis-je, ou c’en est fait des vôtres. Et toi, Saïnson, prends garde aux sept cheveux Qui font ta force : invincible par eux,

Défends-les bien, laisse arracher les autres. Le casque en tête, il s’élance d’un saut

Au premier rang. Un Sylvain téméraire Pour le combat se présente aussitôt.

« Attends, dit-il, attends: mon cimeterre Va chatouiller cet énorme derrière,

Et de ce dos mesurer la largeur :

Je veux... » Soudain la mâchoire funeste Sur la mâchoire atteint ce discoureur,

La pulvérise, et supprime le reste

De sa harangue : alors chaque païen

Se défendit sans parler, et fit bien.

Samson triomphe, et le parquet céleste Des dents qu’il brise est déjà parsemé.

Par un courrier intelligent et preste

De ce dégât Hercule est informé.

A ce récit le vaillant fils d’Alcmène Répond : J’y cours ; et quittant les remparts, ‘D'un pas rapide il traverse la plaine,

Et des chrétiens étonne les regards.

Lorsqu'en hurlant une hyène sauvage,

De qui la faim augmente encor la rage,

Du Gévaudan abandonne les monts,

Le feu jaillit de sa rouge prunelle; L’effroi, la mort descendent avec elle

Sur les troupeaux épars dans les vallons :

Tout fuit, enfants, chiens, bergers et moutons. Des Philistins le vainqueur intrépide,

Se promettant un triomphe de plus,

Seul attendit le vainqueur de Cacus.

Impunément on n'attend pas Alcide.

De prime abord, au héros des Hébreux

De sa massue il porte un coup affreux.

Brave Samson, ton casque est mis en pièce ;

Ton crâne saint, frappé si rudement,

Est ébranlé sous ses croûtes épaisses :

Ton large front s'incline forcément;

Ton œil se trouble et voit mille étincelles ; Sur tes grands pieds un moment tu chäncelles, Et ta belle arme échappe de ta main,

Ou peu s’en faut : jamais nul Philistin

Ne t’adressa d’apostrophes pareilles.

Mais aussitôt secouant les oreilles,

En répétant: Ce n’est rien, ce n’est rien, Tu veux répondre à l’insolent païen.

O du Très-Haut assistance imprévue | D'un coup terrible Hercule menacé

A la mâchoire oppose sa massue,

Dont le bois dur est de clous hérissé.

Elle devait briser l’arme fragile

Du bon Hébreu ; le contraire arriva,

Et sans ressource Hercule se trouva.

D'étonnement il restait immobile ;

Mais du vainqueur voyant le bras nerveux Se relever, au visage il lui lance

Le court tronçon qui formait sa défense, Et brusquement le saisit aux cheveux.

A cet aspect tous les chrétiens pâlissent, Et leurs clameurs dans les airs retentissent : « Maudit païen! Il va les arracher.

Laisserons-nous dans sa main furieuse

De notre ami la tête précieuse ?

Défendons-la. Ferme ! osons approcher.

D'un épervier quand la serre sanglante Vient de saisir : l’alouette tremblante

Qui s'élevait en chantant jusqu'aux cieux, Aux sons plaintifs que pousse la pauvrette, Du bois voisin le peuple harmonieux,

Moineau, pinson, sansonnet et fauvette, S’élancent tous sur le tyran des airs,

Que n’émeut point leur impuissante rage, Suivent son vol et de leurs cris divers Font vainement retentir le bocage.

Tel des chrétiens le courage discret Défend Samson: meis, sourd à leur colère, L'autre tirait sur l’épaisse crinière

Tant et si fort, qu’il emporte tout net,

Et montre aux siens le bienheureux toupet.

Ce fut alors que les cris redoublèrent.

Du gros Samson la factice vigueur S’évanouit, et ses genoux tremblèrent.

Il voulut fuir ; l’intraitable vainqueur D’un coup de poing acheva sa défaite.

De nos héros’ l’âme était stupéfaite.

Leurs ennemis s’élancent de nouveau, Pour se saisir du nuage en litige.

A reculer d’abord on les oblige.

Car nous tenions à ce friand morceau:

Mais l’appétit chez eux se tourne en rage.

Revenant donc en vrais déterminés,

Ils forcent tout, et s'ouvrent un passage.

Il fallait voir sur l’odorant nuage

Les combattants follement acharnés.

En sens contraire on le pousse, on le tire; Chacun y met la grifle : on le déchire,

On le dépèce ; et les flocons épars, Chargés d’encens, volent de toutes parts, On court après. Notre milice entière

Du paradis débouche en ce moment.

Du grand Michel tonne la voix guerrière ; Il marche, avance, et crie : Alignement!

La Trinité, qu’escortaient six mille anges,

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Se place ensuite au quartier général, Bénit trois fois ses nombreuses phalanges, Et de l’attaque arbore le signal.

Pauvres païens, la résistance est vaine, Vous le voyez ; que peut une centaine De combattants, que peut l’Olympe entier Contre une armée innombrable et chrétienne ?

Le parti sage est de vous replier.

C’est ce qu’ils font, non pas sans quelque peine. Serrés de près, les coups hâtent leurs pas.

De poste en poste on les pousse, on les chasse. Mars -et Bellone arrivent, et leur bras De l'ennemi réprime un peu l’audace.

Des rangs entiers sont renversés par eux.

On voit bientôt sur le pavé des cieux D’anges, de saints un abattis immense.

Mais d’autres saints, d’autres anges tout frais, Que prudemment d’autres suivent de près, Du fougueux Mars fatiguent la vaillance.

« Morbleu ! dit-il, c’est à ne plus finir. »

Las de frapper, mais toujours formidable, Le dieu s’arrête, et soutient sans pâlir Des bataillons le choc épouvantable.

Laissons-le faire, et sur le paradis Tournons les yeux: on n’y voit que les saintes, Qui, babillant, se confiaient leurs craintes Sur le combat livré par leurs amis.

De ce troupeau dédaignant la cohue, Plus loin Judith se promène à l’écart.

La tête basse, elle marche au hasard ; Elle est rêveuse et semble très émue.

Aux demi-mots qu’elle laisse échapper, À son regard, à son geste, on soupçonne Qu'un grand dessein occupe l’amazone,

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Et qu’elle trouve une tête à couper.

Judith revient, et fortement s’écrie :

« Morbleu ! j'enrage ; au lieu de babiller, Que n’allons-nous en silence étriller De ces païens au moins uñe partie ?

En ce moment quel rôle jouons-nous ?

N’avons-nous pas des pieds, des mains, une âme? Est-il bien vrai, bien prouvé qu’une femme Dans tout combat doive avoir le dessous ?

Je rendrai faux cet insolent proverbe Accrédité par un sexe superbe. Secondez-moi dans ce projet heureux; Que d’entre vous les plus braves se lèvent :

Prenons en flanc ces brigands peu nombreux ; Déjà battus, que nos bras les achèvent. »

Sa tête haute et son air triomphant, D'un poing fermé le geste menaçant; Son autre main sur la hanche placée, La jambe droite avec grâce avancée, Mais plus ençor la nouveauté du fait, De son discours assurèrent l'effet.

À ses côtés trois cents femmes se rangent ; Et prudemment leurs habits elles changent Pour éviter tout accident fâcheux.

On prend des saints la jaquette légère, Le bouclier, le casque et la rapière, Et l’on promet de se battre comme eux.

Du ciel Judith connaissait les passages :

Son bataillon derrière les nuages Se glisse, avance, et se croit bien caché.

Mais sur l’Olympe en ce moment perché, L’aigle attentif le découvre sans peine:

A Jupiter il en fait son rapport.

Au même instant le dieu du Pinde sort, :

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Et de soldats il prend une centaine Au pas de chargeil marche à ces hussards, Et brusquement se montre à leurs regards.

Qui fut penaud ? Ces vaillantes donzelles S’arrêtent court, délibèrent entre elles, Et la moitié déjà tourne le dos.

Le général que leur faiblesse irrite Gronde, pérore, et jurant à propos, Tant bien que mal au combat les excite.

De son côté l’intrépide Apollon A sur deux rangs formé son bataillon.

Du fourreau d’or sa lame était tirée.

« Qu'est-ce ? dit-il : ce maintien indécis, Ces blanches mains, ces genoux arrondis, Ces petits pas, cette marche serrée, Annonceraient de faibles ennemis ; De ces guerriers l’allure est malheureuse.

Voyons pourtant, car la mine est trompeuse. » Sur le plus proche il s’élance aussitôt, Et pour frapper son bras nerveux se lève.

Notre héroïne, au seul aspect du glaive, Pâle d’effroi, raisonne ainsi tout haut:

« Après le coup immanquable est ma chute; Pour abréger, je tombe avant le coup.

Et sur l’arène une prompte culbute Etend la belle. Apollon rit beaucoup ; Mais remarquant sous sa courte jaquette De sa frayeur une excuse complète :

« L’avez-vous vu, dit il à ses soldats ?

C’en est bien un, je ne m’abuse pas.

Tant mieux | levons ces trompeuses casaques ; Ne tuons rien; mais des claques, des claques. »

Ce mot heureux circule promptement.

Sur l’ennemi chacun tombe gaiement ;

Gaiement encore aux claques l’on procède.

Le jeu s’échauffe, et malheur à la laide!

Toujours sur elle on daube fortement.

Sur la beauté la main aussi se lève :

Prête à frapper, jamais elle n’achève :

On la voyait retomber doucement,

Du blanc satin caresser la surface,

Et quelquefois la bouche prend sà place.

Les vieilles donc à grands pas détalaient ;

Avec lenteur les jeunes reculaient.

On les rattrape, et l’assaut recommence.

11 plaisait fort: c'était un jeu de main,

Qui ne fut pas pourtant jeu de vilain.

Des culs de lis restaient en évidence :

De la victoire on voulut profiter,

On les retourne : ils y comptaient d’avance.

Quelle attitude ! et quel profond silencel

On entendrait une souris trotter.

Des généraux doivent se battre ensemble,

Et la Judith appartenait de droit

Au dieu du Pinde. A l'écart il la voit.

« Viens, dit tout bas la sainte, viens et tremble.

Je ne veux point disputer, tu m’auras ;

Mais cet honneur bien cher tu le paieras. »

Par Apollon aussitôt entreprise,

Sa chasteté résiste faiblement.

A ses désirs elle est bientôt soumise,

A tout se prête, et hâte le moment

Où de ses sensil va perdre l'usage.

Mais prenant goût à ce charmant ouvrage,

Elle oublia de conserver les siens.

Dans le plaisir Apollon la devance,

Au but arrive et soudain recommence.

« Bon, dit Judith, à présent je te tiens. »

Sa main alors subtilement ramasse Le fer tranchant auprès d’elle placé.

Le dieu la voit, et son bras avancé Retient en l’air le coup qui le menace.

Peste! dit-il, je remplis vos souhaits, Je recommence, et votre main cruelle Veut m'égorger ! Que feriez-vous, la belle, Si ma faiblesse eût manqué vos attraits ?

Seriez-vous point la Judith ? Oui, vous l’êtes, Et votre zèle en veut toujours aux têtes.

Mais je suis bon : loin de vous imiter, A vos appas Je prétends ajouter. »

Le traître alors touche d’un doigt perfide Le point précis où naît la volupté, Ce point secret, délicat est timide, Dont le doux nom des Grecs est emprunté.

En même temps quelques mots il prononce,

Des mots sacrés, sans doute : et pour réponse,

Le point touché subitement s’accrut.

En frémissant Judith s’en aperçut.

Plus de longueur eût mieux valu pour elle ; ; Au châtiment alors elle eût gagné :

Mais Apollon, de sa fourbe indigné, Lui donna trop, ou pas assez ; la belle S'écria donc: Suis-je mâle ou femelle ?

Elle s’élance et frappe à tour de bras Le dieu malin qui riait aux éclats Tout en riant adroitement il pare.

La foule alors arrive, et les sépare.

Vous avez vu des duègnes le troupeau Mal figurer dans ce combat nouveau, Et par la fuite aux claques se soustraire. De tant courir il n’était pas besoin ;, À les poursuivre on ne s’empressait guère.

Elles font halte à six cents pas plus loin,

Et tristement regardent en arrière.

A cet aspect, lecteur, figurez-vous , Et leur surprise et leur dépit jaloux.

Que n'ose point une femme en colère |

La frayeur cesse ; on revient sur ses pas,

Et l’on retombe en écumant de rage

Sur les péchenrs qui ne s’en doutaient pas.

Beaucoup avaient terminé leur ouvrage ;

Mais il restait encore quelques traîneurs ;

Etces derniers se prêtaient à merveilles.

Au châtiment infligé par les vieilles.

D'une main sèche on claque les claqueurs;

Et leurs amis qu'amuse un tel spectacle,

A la leçon bienloin de mettre obstacle, Disaient : il faut leur apprendre à finir.

Ceux-là punis les prudes implacables

Fondent soudain sur les saintes aimables.

Qui du combat s'était fait un plaisir.

Pour préduler d’abord on s’invective ;

Aux coups de poing par degrés on arrive :

La rage augmente, on se prend aux cheveux, Au nez, au sein, à la jaquette, aux yeux Ailleurs encore : et la troupe acharnée

Que des païens animent les propos,

S’en va tomber sur les deux généraux.

Que fait alors l'héroïne étonnée ?

D'une voix fo-te elle s’écrie : « Holà !

Séparez-vous. Quel excès d’indécence !

Vit-on jamais pareille extravagance ?

Quoi! vous veniez combattre ces gens-là, | Et sous leurs yeux... Le trait est impayable ! | Au corps, au cœur vous avez donc le diable ?

Séparez-vous, coquines, ou ces mains

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Vont arracher le reste de vos crins. »

Déjà l'effet a suivi la menace.

A droite, à gauche elle frappe, et terrasse.

Lors Apollon et ses heureux soldats,

Gais et contents retournent sur leurs pas.

Ce lieu, témoin de leurs folles attaques, Fut surnommé la chapelle des claques.

De vrais combats les attendaient ailleurs, Leurs compagnons affaiblis, hors d’haleine, Pliaient déjà ; la foule des vainqueurs Entourait Mars ; Mars résistait à peine.

« Que voulez-vous, brigands du paradis ?

S’écria-t-il : quel démon vous travaille ?

N’approchez pas, sotte et vile canaïlle,

Ou de nouveau, moi, je vous circoncis. »

Malgré les traits qui pleuvent comme grêle, Sur les vaincus entassés pêle-mêle

D'un pied barbare il monte et s’affermit.

Frappé cent fois, son bouclier gémit:

N'importe, à fuir il ne peut se résoudre.

Seul contre tous il reste insolemment, Comme un rocher que battent vainement Le vent, les flots, et la grêle, et la foudre.

De son palais le souverain des dieux

Voit des chrétiens le triomphe rapide.

Sa main saisit sa redoutable égide,

Et sur son aigle il monte furieux.

« N’écoutez pas une aveugle colère,

Lui dit Minerve, et cédez au destin.

De vos efforts qu’espérez-vous enfin ?

Ainsi que vous ces gens ont leur tonnerre;

Il est tout frais, et le vôtre a vieilli.

Pourquoi lancer au Christ en orgueilli

De vains pétards ? Cachons notre impuissance ;

De la douceur donnons-lui l’apparence.

Vous le voyez, nos braves champions

Font éclater un courage inutile.

Qu'ils rentrent tous, ils sont à peine mille,

Et les chrétiens comptent par millions.

Que de ces murs la force nous protège ;

Nous y pouvons soutenir un long siège.

Moi cependant, chez des dieux étrangers

J'iraiconter notre mésaventure,

Notre faiblesse et nos pressants dangers:

De leur appui leur intérêt m’'assure. »

Cette lecon, mais surtout cet espoir,

Calma du dieu la fureur indiscrète ;

A la prêcheuse il donna plein pouvoir,

Et sans délai fit battre la retraite.

Il eut raison ; ce combat inégal

A ses guerriers allait être fatal.

Bellone et Mars, afflamés de carnage,

N’obéissaient qu’en frémissant de rage.

Plus furieux à ce dernier moment,

Ils se pressaient d’assommer et d’abattre ;

Puis en arrière ils marchaient lentement, |

Et quelquefois revenaient brusquement

Sur les chrétiens qui tombaient quatre à quatre.

On les eût pris de loin pour les vainqueurs.

En ordre ainsi les païens se retirent;

De la montagne ils gagnent les hauteurs ;

Et, renfermés dans leurs murs, ils respirent. L’ardent Michel se présente aussitôt,

Et des remparts il veut tenter l’assaut :

Mais tous n’ont pas son courage héroïque.

Le jour fuyait et l'ombre pacifique

Au doux sommeilinvitait le soldat:

Pour murmurer chacun ouvrait la bouche,

Quand le trio qui jamais ne découche, Au lendemain renvoya le combat.

Devant les murs, autour de la colline, Vingt bataillons par Michel sont placés :

Au paradis le reste s’achemine, Sur des brancards emportant les blessés.

On n'entend plus le fracas de la guerre; Après la gloire on cherche le repos; Et le poltron, aiasi que le héros, Au doux sommeil a livré sa paupière.

Priape et Mars, aux portes du palais, Étaient de garde avec tous les Satyres.

« Eh quoi! dit Mars, tu rêves, tu soupires!

De ces brigands tu crains donc le succès ?

— Moi? point du tout ; mais l’ennui me consume. — Je m'en doutais. Aux Satyres vraiment Ce métier-ci ne convient nullement.

Veiller sans fruit n’est pas votre coutume :

La continence est pour vous un tourment :

- Que je vous plains ! — Mal à propos tu railles. Dans ce moment je songeais aux batailles ; Un grand projet occupait mon esprit.

— Qu'est-ce ? Voyons. — Je voudrais à profit Mettre ce temps qu’au sommeil on enlève.

— Par quel moyen? — J’en connais un. — Achève. . — Tu sais la guerre ; ainsi tu conviendras Qu'il n’est jamais de siège sans sortie ; C’est üne règle au Parnasse établie.

Sur ces messieurs qui sommeillent là-bas J’en veux faire une ; et ne t’oppose pas A mon projet. Mes Satyres fidèles, Ainsi que moi, connaissent les chemins ; La nuit est sombre, il faut qu’à ces gredins J’aille couper le sommeil et les ailes.

— Embrasse-moi, mon ami tes soldats Doivent aimer les nocturnes combats ; Hâtez-vous donc, et partez pour la gloire. »

. La porte s’ouvre ; aussitôt ces pandours, Enveloppés de l'ombre la plus noire, Quittent l’'Olympe, hélas ! et pour toujours.

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