‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 74 sur 106 · RETOUR A ÉLÉONORE · texte numérisé non relu

RETOUR A ÉLÉONORE

Ah! si jamais on aima sur la terre,

Si d’un mortel on vit les dieux jaloux, C’est dans le temps où crédule et sincère!

J'étais heureux, et l’étais avec vous.

Ce doux lien n’avait point de modèle : Moins tendrement le frère aime sa sœur, Le jeune époux, son épouse nouvelle, L’ami sensible, un ami de son cœur.

O toi qui fus ma maïresse fidèle,

Tu ne l'es plus ! Voilà donc ces amours Que ta promesse éternisait d'avance !

Ils sont passés ; déjà ton inconstance

En tristes nuits a changé mes beaux jours.

N'est-ce pas moi de qui l’heureuse adresse Aux voluptés instruisit ta jeunesse ?

Pour le donner, ton cœur est-il à toi ?

De se: soupirs le premier fut pour moi,

Et je reçus ta première promesse.

Tu me disais : « Le devoir et l'honneur

» Ne veulent point que je sois votre amante.

» N’espérez rien si je donnais mon cœur,

» Vous tromperiez ma jeunesse imprudente :.

» On me l’a dit, votre sexe est trompeur. »

Ainsi parlait ta sagesse craintive ;

Et cependant tu ne me fuyais pas ;

Et cependant une rougeur plus vive Embellissait tes modestes appas ;

Et cependant tu prononçais sans cesse

Le mot d'amour qui causait ton effroi ;

Et dans ma main la tienne avec mollesse

Venait tomber pour demander ma foi.

Je la donnai, je te la donne encore.

J'en fais serment au seul dieu que j'adore,

Au dieu chéri, par toi-même adoré;

De tes erreurs j'ai causé la première :

De mes erreurs tu seras ma dernière.

Et si jamais ton amant égaré

Pouvait changer, s’il voyait sur la terre

D'autre bonheur que celui de te plaire;

Ah ! puisse alors le ciel, pour me punir,

De tes faveurs m'ôter le souvenir!

Bientôt après dans ta paisible couche

Par le Plaisir conduit furtivement,

J'ai, malgré toi, recueilli de ta bouche

Ce premier cri, si doux pour un amant!

Tu combattais, timide Éléonore ;

Mais le combat fut bientôt terminé:

Ton cœur ainsi te l’avait ordonné.

Ta main pourtant me refusait encore

Ce que ton cœur m'avait déjà donné.

Tu sais alors combien je fus coupable !

Tu sais comment j'étonnai ta pudeur!

Avec quels soins au terme du bonheur,

Je conduisis ton ignorance aimable!

Tu souriais, tu pleurais à la fois,

Tu m'’arrêtais dans mon impatience,

Tu mé nommais, tu gardais le silence :

Dans les baisers mourut ta faible voix.

Rappelle-toi nos heureuses folies.

Tu me disais en tombant dans mes bras:

Aimons toujours, aimons jusqu'au trépas,

Tu le disais ! je t'aime, et tu m'oublies!

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