LIVRE III
Mais surtout dérobez aux regards importuns Mes plaisirs, comme vous enfants de la nature. )n ne voit point chez moi ces superbes tapis Jue la Perse à grands frais teignit pour notre usage ; e ne repose point sous un dais de rubis ;
Mon lit n’est qu’un simple feuillage.
Ju’importe? le sommeil est-il moins consolant ? ces rêves qu’il nous donne en sont-ils moins aimables ? baiser d’une amante en est-il moins brûlant,
Et les voluptés moins durables ?
Pendant la nuit, lorsque je peux
Entendre dégouter la pluie,
Et les fils bruyants d’Orythie
Ébranler mon toit dans leurs jeux ;
Alors si mes bras amoureux
Entourent ma craintive amie,
Puis-je encore former d’autres vœux ?
Qu’irais-je demander aux dieux,
A qui mon bonheur fait ervie ?
Je suis au port et je me ris
De ces écueils où l’homme échoue.
Je regarde avec un souris ï
Cette fortune qui se joue
En tourmentant ses favoris
Et j'abaisse un œil de mépris
Sur l’inconstance de sa roue.
ba scène des plaisir va changer à mes yeux.
Moins avide aujourd'hui, mais plus voluptueux,
Disciple du sage Épicure, fe veux que la raison préside à tous mes jeux. De rien avec excès, de tout avec mesure;
Voilà le secret d’être heureux.
Trahi par ma jeune maitresse,
J'irdi me plaindre à l’amitié,
Et confier à sa tendresse Un malheur bientôt oublié.
Bientôt ? oui, la raison guérira ma faiblesse. Si l’ingrate amitié me trahit à son tour, Mon cœur navré longtemps détestera la vie; Mais enfin, consolé par la philosophie, Je reviendrai peut-être aux autels de l'Amour. La haine est pour moi trop pénible ; La sensibilité n’est qu’un tourment de plus : Une indifférence paisible:
Est la plus sage des vertus.