‹ Poésies complètes de ParnyChapitre 9 sur 106 · EST · texte numérisé non relu

EST

Les jeux bruyants,les belles courtisanes, Les longs dîners, et les soupers profanes, Du paradis ne sont pas le chemin,

Je me damnais : la vieillesse y mit ordre.

Privé de dents, je ne pouvais plus mordre.

De Jésus-Christ le système divin

Me plut alors (j'aime les paraboles);

Je l’adoptai, sans trop l’approfondir ;

Et sur mes pas craignant de revenir, J’assommai vite un prêtre des idoles.

Je fus brûlé tout vif, et bien martyr,

Je t'en réponds : je soutins la gageure ; Sans cris, sans pleurs j’endurai la torture.

Sur des tisons cuisant à petit feu,

A mes bourreaux je faisais la grimace. Mais quelquefois murmurant à voix basse, Entre mes dents je disais : Sacredieu !

Et ce mot seul, qui ternissait ma gloire, Pour vingt mille ans me mit en purgatoire.

Là, de nouveau chauffé, cuit et recuit, Mon corps chétif en charbon fut réduit.

L'argent peut tout; de charitables femmes De temps en temps rachètent quelques âmes Du purgatoire, en payant grassement ;

Et ce trafic abrège mon tourment.

Juge, mon cher, si c’est avec délices

Que de la nuit je hume la fraîcheur !

As-tu connu ces horribles supplices ?

Es-tu martyr ou simple confesseur ? | — Ni l’un, ni l’autre. — Au moins la pénitence

De tes excès répara la licence :

Tu fus dévot ? — Jamais, en vérité.

Pensant, vivant comme à mon ordinaire,

Pour être saint il m’en a peu coûté:

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