‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 31 sur 224 · A JAMES SMITH · texte numérisé non relu

A JAMES SMITH

NÉGOCIANT A MAUCHLINÊ.

Amitié , mystérieux ciment de Vftme l Adoucissement de la Vie, et soudure de la société ! le te dois besncoup.

Blair.

Cher Smith, le plus rusé, le plus adroit voleur

Oui ait jamais tenté larcin ou rapine ,

Vous avez sûrement quelque pouvoir magique

Sur les cœurs humains ; Car jamais sein n'a été à Tépreuve

De vos artifices.

Pour moi je jure par le soleil et la lune« Et par chaque étoile qui clignote là-haut, Que vous m'avez coûté vingt paires de souliers

Rien qu'à aller vous voir ; Et à chaque nouvelle paire qui est usée ^

Je suis plus enchanté de vous.

Cette vieille matrone capricieuse, la nature, Pour compenser votre mesquine stature , Vous a façonné créature humaine

Du plus beau jet ; Et, dans ses caprices, sur chaque trait

Elle à écrit : Homme.

L'envie de rimer vient de me prendre,

Le levain de ma cervelle est en pleine fermentation »

Mon imagination prend un essor sublime

A ce pressant appel :

Avez-vous un moment de loiiif

Poiir entendre ce qui anSte?

Les uns riment pour fustiger le nom d'un voisin ; D'autres riment (vaine pensée î ) par besoin d'argent ; D'autres riment pour occuper les langues du pays

Et faire du bruit ; Quant à moi, Je ne me donne pas la peine d'avoir un but :

Je rime pour mon plaisir.

L'étoile qui règle mon malheureux lot

M'a assigné l'habit de paysan,

Et a limité ma fortune à quatre sous ;

Mais, en revanche, Elle m'a doué d'une étincelle

D'esprit villageois.

Cette fois l'idée tortue m'a pris

De tenter ma destinée en bonne impression noire ;

Mais pourtant plus j'incline de oe côté ,

Plus quelque chose me crie : « Doucement !

Je vous en avertis, mon brave homme, prenez garde !

Vous montrerez votre sottise.

» 11 est d'autres poètes bien supérieurs à vous. Qui en savent long en grec, de profonds lettrés , Qui ont cru s'être assuré comme débiteurs

Tous les siècles futurs ; Maintenant les mites mettent en lambeaux informes

Leurs pages inconnues. t>

Alors adieu les espérances de branches de laurier Pour couronner mon front de poète I Désormais je rôderai où les charrues actives

S'assemblent affairées , Et j'apprendrai aux collines et aux vallées solitaires

Ma chanson rustique.

Je continuerai d'errer, sans me soucier

Comment dans leur marche incessante ftiient les moments,

Jusqu'à ce que le destin rompe le fil flragile;

Alors, tout inconnu.

Je me coucherai parmi les morts sans gloire,

Oublié et fini î

Mais pourquoi commencer une histoire de mort?

En ce moment nous sommes vivants et bien portants ,

Mettons donc au vent toutes les voiles ,

Lançons le souci par-dessus le bord !

Et , poussés par le vent du plaisir,

profitons de la marée I

Cette vie, autant que je la comprends, Est une terre enchantée et féerique , Où le plaisir est la baguette magique

Qui , bien maniée , Fait que les heures comme des minutes, se tenant par la main ,

Dansent joyeusement.

Manions donc la baguette magique ;

Car, une fois qu'on a gravi quarante-cinq ,

Voici que la vieillesse cassée, fatiguée, chagrine,

A la face ridée , Arrive toussant, boitant, sur les lieux.

D'un pas traînant.

Quand une fois le jour de la vie tire vers le crépuscule , Alors adieu la flânerie insouciante et désœuvrée ; Et adieu les joyeux pots écumants ,

Et le bruit des convives ; Et adieu la chère, la trompeuse femme!

La joie des joies !

O vie! de quel charme, à ton matin,

Les rayons de la jeune imagination décorent les collines !

Dédaignant la leçon de la prudence, aux froids calculs.

Nous courons en gambadant.

Comme des écoliers , lors du signal attendu ,

A la joie et aux jeux.

Nous errons là, nous errons ici , Nous regardons la rose sur l'églantier.

Sans songer que Tépine est tout près.

Parmi les feuilles; Et si la petite blessure paraît.

Elle ne fait pas longtemps mal.

Quelques-uns, chanceux, trouvent un endroit fleuri. Qui ne leur a coûté ni fatigue ni sueur ; Ils boivent doux et mangent gras.

Sans sojn ni peine ; ^

Et, peut-'être, regardent la misérable cabane

Avec un profond dédain.

L'œil sur le but, d'autres poursuivent la fortune;

L'ardent espoir tend tous leurs muscles ;

Par la bonne voie, par la mauvaise, ils hâtent leur course.

Et saisissent la proie.

Puis, h leur aise, dans quelque endroit bien commode,

Jls finissent le jour.

POÉSIES DE BLRNS. ^5

Et d'autres , comme votre humble serviteur, Pauvres gens, ne suivant ni règles ni routes; A droite et à gauche, rôdeurs éternels,

Ils vont en zigzag ; Jusqu'à ce qu'accablés par l'âge, obscurs et afTamés,

Us gémissent souvent.

Hélas l quel amer labeur et quels efforts — Mais trêve aux maussades et misérables plaintes ! La lune variable de la fortune décrolt-elle?

)^aissez-la faire l A ce qui lui reste de lumière.

Chantons notre chanson.

Je jette ici ma plume contre la porte.

Et je m'agenouille, et implore avec chaleur, « ô vous. Puissances,

Quand je devrais errer sur la terre.

Dans tous ses climats Accordez-moi seulement, je n'en demande pas plus,

Toujours abondance de rimes.

» Donnez des rôtis ruisselants aux lairds du pays, Jusqu'à ce que le jus, en glaçons, leur pende de la barbe; Donnez de beaux habits à de beaux gardes du corps.

Et à des filles d'honneur I Et donnez de l'aie et du whisky aux chaudronniers,

Jusqu'à ce que le cœur leur lève.

» Un titre, Dempster le mérite ;

Donnez la jarretière à Willie Pitt ,

Donnez des richesses à quelque marchand absorbé

Dans le cent pour cent ; Mais donnez-moi de l'esprit véritable, argent comptant ,

Et je suis satisfait.

» Tant qu'il vous plaira de me maintenir en santé ,

Je m'asseoirai devant mon maigre repas,

Que ce soit du gruau à l'eau, ou un potage d'orge et d herbes,

Avec un visage joyeux, Aussi long-temps que les muses ne manqueront pas

De dire le Benedicite. »

Jamais je ne jette un regard inquiet Derrière mon oreille, ou devant mon nez ; Je me courbe sous les coups du malheur

Aussi bien que je puis ; ennemi juré du chagrin, du souci ot de la prose.

Je m'en vais rimant.

46 POtSlES DE BURN8.

O vous, gens sages, qui vivez d'après une règle,

Dont le sang n'a ni flux ni reflux, gens graves, calmes et froids.

Comparé à vous — ô insensé l insensé 1 insensé!

Quelle différence 1 Votre cœur est une véritable eau dormante,

Votre vie, un canal !

Aucune trace de sentiments extravagants.

Sur vos faces où rien n'est écrit, rien n'a un nom!

Dans des roulades et des grâces arioso

Vous ne vous égarez jamais ; Mais gravissimo, vous allez bourdonnant

Vos basses solennelles.

Vous êtes si graves, qu'à coup sûr vous êtes sages; Il n'est pas étonnant que vous méprisieiç Les garçons écervelés et inconsidérés)

La bande des tapageurs; Je vous vois lever les yeux au ciel -p-

— Vous savez la route. •«

Tandis que moi — mais je m'arrêterai là —

Avec vous je n'irai guère nulle part. —

Or donc, Jamie, je n'en dirai pas davantage,

Mais je laisserai là ma chanson , Ck)ntent de faire avec vous la paire,

N'importe où j'aille.

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