‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 100 sur 150 · STATUAIRE · texte numérisé non relu

STATUAIRE

ISUR UNE STATUE d’ENFAA't)

Divini opus Alcimedontis.

Virgile.

L’enfant ayant aperçu (A l’insu

De sa mère, à peine absente)

Pendant au premier rameau De l’ormeau

Une grappe mûrissante ;

L’enfant, à trois ans venu.

Fort et nu,

Qui jouait sur la belle herbe,

N'a pu, sans vite en vouloir.

N’a pu voir

Briller le raisin superbe.

[1 a couru ! ses dix doigts A la fois.

Comme autour d’une corbeille.

Tirent la grappe qui rit Dans son fruit.

Buvez, buvez, jeune abeille !

La grappe est un peu trop haut ;

Donc il faut

Que l’enfant hausse sa lèvre.

Sa lèvre au fruit déjà prend.

Il s’y pend,

Il y pend comme la chèvre.

Oh ! comme il pousse en dehors Tout son corps,

Petit ventre de Silène,

Reins cambrés, plus fléchissants En leur sens

Que la vigne qu’il ramène.

A deux mains le grain foulé A coulé ;

Douce liqueur étrangère !

Tel, plus jeune, il embrassait Et pressait

La mamelle de sa mère.

Age heureux et sans soupçon !

Au gazon

Que vois-je ? un serpent se glisse.

Le même serpent qu’on dit Qui mordit.

Proche d’Orphée, Eurydice.

Pauvre enfant ! son pied levé L’a sauvé ;

Rien ne l’avertit encore. —

C’est la vie avec son dard Tôt ou tard !

C’est l’avenir ! qu’il l’ignore !

SONNET

A M. ROGER d’a. . .

Contemplator enim, quum solis luniina cumque Irisertim fundiint radios per opaca domoriim,

Multa minuta, modis mullis, per inane, videbis...

Lucrèce.

— Un rayon, un rayon venant je ne sais d’où, Rideaux, volets fermés, dans une chambre close. Près du berceau vermeil d’un enfant qui repose.

Un oblique rayon trouvant jour au verrou.

Et passant comme au crible en. l’absence du clou.

Un rayon au tapis dessinait quelque chose.

Et, bizarre, y semait des ronds d’or et de rose.

Un jeune chat les voit, — jeune chat, jeune fou !

11 y court, il s’y prend, il veut cette lumière ;

Au pied de ce berceau, manque-t-il la première.

Il tente la seconde, et gronde tout fâché.

Je songeai : Pauvre enfant, ce jeu-là c’est le nôtre ! Nous courons des rayons, un autre, puis un autre. Tant que le soleil même, à la fin, soit couché.

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