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FIN DES PENSEES D AOUT

NOTES ET SONNETS

(Faisant comme suite aux Pensées d'Àoùt.)

Tous sont divers, et tous furent vrais un moment.

André Chénier.

SONNETS

DE BALLAIGUES A ORBE (jURA).

14 octobre.

Sur ce large versant, au dernier ciel d'automne,

Les arbres étagés mêlent à mes regards

Les couleurs du déclin dans leurs mille hasards.

Chacun différemment effeuillant sa couronne.

L’un, pâle et jaunissant, amplement s’abandonne; L’autre, au bois nu, mais vert, semble au matin de mars D’autres, près de mourir, dorent leurs fronts épars D’un rouge glorieux dont tout ce deuil s’étonne.

Les sapins cependant, les mélèzes, les pins.

D’un vert sombre, et groupés par places aux gradins. Regardent fixement ces défaillants ombrages.

Ces pâleurs, ces rougeurs, avant de se quitter...

Et semblent des vieillards, qui, sachant les orages Et voyant tout finir, sont tristes de rester.

NOTES ET SONNETS

DE BALLAIGUES A JOUGNE, Aü RETOUR.

Le 2j in.

J'ai revu ces grands bois dans leur feuille nouvelle, J’ai monté le versant fraîchement tapissé.

A ces fronts rajeunis chaque vert nuancé Peignait diversement la teinte universelle :

Près du fixe sapin à verdure éternelle Le peuplier mouvant, le tremble balancé,

Et le frêne nerveux, tout d'un jet élancé.

De feuille tendre encor comme la fraxinelle.

Le mélèze lui-même, au fond du groupe noir. Avait changé de robe et de frange flottante;

Autant qu’un clair cytise, il annonçait l’espoir.

O mon âme, disais-je, ayons fidèle attente!

Ainsi dans le fond sùr de l’amitié constante Ce qui passe et revient est plus tendre à revoir.

Lorsque j’arrivai à Lausanne pour y commencer un cours, MM. les étudiants de la Société dite de Zofmgue m’adressèrent un chant de bon accueil et d’hospitalité; j’y répondis la veille du 1" janvier par la pièce suivante, où il est fait allusion, vers la fin, à la perte récente d’un jeune et bien regrettable poète, qui aurait fait honneur au pays.

Pour répondre à vos vers, à vos chants, mes amis. Je voulais, plus rassis de ma prose, et remis. Attendre au moins les hirondelles;

Je voulais, mais voilà, de mon cœur excité.

Que le chant imprévu de lui-même a chanté Et vers vous a trouvé des ailes.

Il a chanté, croyant dès ITiiver au printemps,

Tant la neige à vos monts, à vos pics éclatants Rit en fraîcheur souvent écloses ;

Tant chaque beau couchant, renouvelant ses jeux,

A tout ce blanc troupeau des hauts taureaux neigeux Va semant étoiles et roses !

Même aux plus sombres jours, etquand tout se confond, (juand le lac, les deux noirs et les monts bleus nous font Leurs triples lignes plus serrées.

Il est de prompts éclairs partis du divin seuil.

Et pour l’esprit conforme à ce grand cadre en deuil Il est des heures éclairées.

Tout ce que d'ici Tœil embrasse et va saisir,

Miroir du chaste rêve, horizon du désir,

Autel à vos âmes sereines ;

Là-bas aussi Montreux, si tiède aux plus souffrants. Et fidèle à son nom ce doux nid de Clarens,

Où l’hiver même a ses haleines ;

Oui, tout !... j’en comprends tout, je les aime ces lieux ; J’en recueille en mon cœur l’écho religieux S’animant à vos voix chéries,

A vos mâles accords d’Helvétie et de ciel !

Car vous gardez en vous, fils de Tell, de Davel Le culte uni des deux patries.

Oh ! gardez-le toujours, gardez vos unions :

Tenez l’œil au seul point où nous nous appuyons.

Si nous ne voulons que tout tombe.

La mortelle patrie a besoin, pour durer.

D’entrer par sa racine, et par son front d’entrer En celle que promet la tombe.

1. Le major Davel, patriote et religieux, exécuté en 1723 pour avoir tenté d’affranchir le pays de V’aud de la domination bernoise*

NOTES ET SONNETS

F ils au cœur chaste et fort, gardez tous vos saints nœud«. Ce culte du passé, fécond en jeunes vœux,

Cet amour du lac qui modère.

Cet amour des grands monts qui vous porte, au pied sûr. Dès le printemps léger, dans la nue et l’azur D’où vous chantez la belle terre.

Et si quelqu’un de vous, poète au large espoir. Hardi, l’éclair au front, insoucieux de choir.

S’il tombe, hélas ! au précipice.

Gardez dans votre cœur, au chantre disparu.

Plus sûr que l’autre marbre auquel on avait cru.

Un tombeau qui veille et grandisse.

A ceux, aux nobles voix qu'encor vous possédez,

A ceux dont vous chantez les chants émus, gardez Amour constant et sans disgrâce ;

Toutes les piétés fidèles à mûrir ;

Et même un souvenir, qui n’aille pas mourir,

A celui qui s’assoit et passe,

31 décembre 1837.

SONNET

TRADUIT d’uHLAND

Deux jeunes filles, là, sur la colline, au soir.

Sous le soleil couchant deux tiges élancées.

Légères, le front nu, comme sœurs enlacées. S’appuyaient l’une à l’autre, et venaient de s’asseoir.

L’une aux grands monts, au lac, éblouissant miroir. Du bras droit faisait signe, et disait ses pensées ; L’autre, vers l’horizon aux splendeurs abaissées.

De sa main gauche au front se cou vrait pour mieux voir.

NOTES ET SONNETS

Et moi qui les voyais toutes deux... et chacune,

Un moment j'eus désir : « Oli ! pourtant, près de l'une Être assis! me disais-je; » et j’allais préférer.

Mais, regardant encor les deux sœurs sous le charme. Mon désir se confond, tout mon cœur se désarme : « Non, ce serait péché que de les séparer! »

SONNETS

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