A LA MUSE
Florem... bene olentis anethi.
VlKGILE.
Pauvre muse froissée, insultée, avilie.
Pauvre fille sans fard qu’en humble pèlerin Devant eux j’envoyais pour chanter sans refrain.
Oh ! reviens à mon cœur poser ton front qui plie.
Ils ne t’ont pas reçue, ô ma chère folie.
Oh! plus que jamais chère; apaise ton chagrin!
Ton parfum m’est plus doux par ce jour moins serein. Et l’abeille aime encor ta fleur désembellie.
Un sourire immortel à la terre accorda Hyacinthe, anémone et lis, et toutes celles Ou’Homère fait pleuvoir aux pentes de l'Ida.
Môme aux champs, sur la haie, il en est de bien belles; 'Blanche épine au passant rit dans ses fleurs nouvelles ; Mais la mieux odorante est l’obscur réséda.
RÉPONSE
A MON AMI F. -Z
« Toujours je m’entête, malgré le miel qui est au fond de vos vers, à me fâcher contre cet alexandrin brisé... »
(Lettre.)
Oui, cher Zénon, ma lyre est bizarre,
Je le sais trop ; d’un étrange compas Elle est taillée, et ne s’arrondit pas D’un beau contour sous le bras du Pindare.
Le chant en sort à peine et comme avare ; Nul groupe heureux n’y marierait ses pas; Mais écoutez et dites-vous tout bas Quel son y gagne en sa douceur plus rare.
Demandez-vous si ce bois inégal,
Ce fût* boiteux qu’un coup d’œil juge mal. N’est pas voulu par la corde secrète.
Dernière corde, et que nul avant moi N’avait serrée et réduite à sa loi,
Fibre arrachée au cœur seul du Poète!
1. Fût ou, comme on disait au seizième siècle, fust, le bois de la lyre.
NOTES ET SONNETS