‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 13 sur 150 · A MON AMI V. H... (VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

A MON AMI V. H... (VICTOR HUGO

Entends-tu ce long bruit doux comme une harmonie, Ce cri qu’à l’univers arrache le génie Trop longtemps combattu.

Cri tout d’un coup sorti de la foule muette,

Et qui porte à la gloire un nom de grand poète. Noble ami, l’entends-tu ?

A l’étroit en ce monde où rampent les fils d’Ève, Tandis que, Tœil au ciel, tu montes où t’enlève Ton essor souverain.

Que ton aile se joue aux flancs des noirs nuages. Lutte avec les éclairs, ou qu’à plaisir tu nages Dans un éther serein ;

Poussant ton vol sublime et planant, solitaire.

Entre les voix d’en haut et l’écho de la terre. Dis-moi, jeune vainqueur.

Dis-moi, nous entends-tu ? la clameur solennelle Va-t-elle dans la nue enfler d’orgueil ton aile Et remuer ton cœur ?

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POÉSIES

Ou bien, sans rien sentir de ce vain bruit qui passe, Plein des accords divins, le regard dans l’espace Fixé sur un soleil,

Plonges-tu, pour l’atteindre, en des flots de lumière.

Et bientôt, t’y posant, laisses-tu la paupière S’y fermer au sommeil '?

Oh ! moi, je l’entends bien, ce monde qui t’admire.

Cri puissant ! quai m’enivre, ami; qu’il me déchire !

Qu’il m’est cher et cruel !

Pour moi, pauvre déchu, réveillé d’un doux songe. L’aigle saint n’esl pour moi qu’un vautour qui me ronge Sans m’emporter au ciel I

Comme, un matin d’automne, on voit les hirondelles Accourir en volant au rendez-vous fidèles,

Et sonner le départ ;

Aux champs, sur un vieux mur, près de quelque chapelle, On s’assemble, et la voix des premières appelle Celles qui viennent tard.

Mais si, non loin de là, quelque jeune imprudente.

Qui va rasant le sol de son aile pendante.

S’est prise dans la glu,

Captive, elle entend tout : en bruyante assemblée On parle du voyage, et la marche est réglée Et le départ conclu-;

On s’envole ; ô douleur! adieu, plage fleurie.

Adieu, printemps naissant de cette autre patrie Si belle en notre hiver I Il faut rester, subir la saison de détresse,

Et l’enfant sans pitié qui frappe et qui caresse,

Et la cage de fer.

C’esI mon emblème, ami ;... mais si, comme un bon frère Du sein de ta splendeur à mon destin contraire Tu veux bien compatir ;

Si lu lis en mon cœur ce que je n’y puis lire,

Et si ton amitié devine sur ma lyre Ce qui n’en peut sortir;

C’est assez, c’est assez ; jusqu’à l'heure où mon âme, Secouant son limon et rallumant sa flamme A la nuit des tombeaux.

Je viendrai, le dernier et l’un des plus indignes.

Te rejoindre, au milieu des aigles et des cygnes,

O toi, l'un des plus beaux!

SONNET

Enfant, je m’étais dit et souvent répété :

O Jamais, jamais d’amour; c’est assez de la gloire; t En des siècles sans nombre étendons ma mémoire, « Et semons ici-bas pour l’immortalité. »

Plus tard, je me disais. « Amour et volupté,

« Allez, et gloire aussi! que m’importe l’histoire?

« Fantôme au laurier d’or, vierges au cou d’ivoire, « Je vous fuis pour l’étude et pour l’obscurité. »

Ainsi, jeune orgueilleux, ainsi longtemps disais-je; Mais comme après l’hiver, en nos plaines, la neige Sous le soleil de mars fond au premier beau jour.

Je te vis, blonde Hélène, et dans ce cœur farouche. Aux rayons de tes yeux, au souffle de ta bouche.

Aux soupirs de ta voix, tout fondit en amour.

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