‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 37 sur 150 · IMITÉ DE SCHILLER · texte numérisé non relu

IMITÉ DE SCHILLER

La grille s’ouvre 1 il est bien l’heure;

J’entends comme un verrou crier

Non; c’est un jonc qu’un souffle effleure;

C’est la brise du soir qui pleure Dans des branches de coudrier.

Oh! pour mieux recevoir ma jeune bien-aimée, Feuillage, embellis-toi; fleurissez, verts gazons; Berceaux, pour mieux couvrir sa pudeur enflammée, En alcôve entr’ouvrez vos discrètes cloisons;

Et quand son pied, pliant sur un beau corps qui penche, Cherchera son chemin jusqu’à moi qui l’attends. Longs rameaux, qu’au passage écarte sa main blanche. Jouez dans ses cheveux, sans l’arrêter longtemps!

Silence ! derrière la haie.

Qui donc court si vite?... avançons!...

Non, c’est un oiseau qui s’effraie Et s’enfuit, comme si l’orfraie Planait d’en haut sur les buissons.

Jour, ton flambeau pâlit; hàte-toi de l’éteindre!

Vers d’autres horizons quand tu t’en es allé,

La Nuit au ciel désert se glisse sans rien craindre. Silencieuse, en noir et le front étoilé.

La confidence éclose à ta lueur si douce,

O Nuit, loin des jaloux, fuit l’œil ardent du jour.

Oh! que ton astre seul, sur le tapis de mousse, Argente à nos fronts nus les rougeurs de l’amour!

POÉSIES

ni

Mais quoi? l’on dirait qu’on appelle;

C’est comme sa voix qu’on entend;....

Non, pas encor..., ce n'est pas elle;

C’est un cygne qui bat de l'aile Et qui l'ait des ronds dans l’étang.

Autour de moi dans l’air montent mille harmonies; La cascade à deux pas murmure comme un chant; Une dernière fois levant ses fleurs jaunies,

La tige encor se tourne aux baisers du couchant; Demi-voilée à l’œil la pêche veloutée,

Ou sous le pampre vert la grappe au sein vermeil. Sourit en se cachant, pareille à Galatée;

Un vent humide arrose où passa le soleil.

Pourtant la voici Rien n’empêche

D’entendre son pas dans le bois.

Non... ce n’est qu’une feuille sèche.

Ou la poire mûre ou la jiêche Qui tombe à tei’re de son poids.

La teinte du couchant de plus en plus s’efface;

L’aile du crépuscule en éteint les couleurs.

La Lune alors, ôtant le voile de sa face.

Regarde sans témoins, se penche sur les fleurs.

Telle une fiancée autour de sa corbeille ;

Et la terre, posant son beau front endormi.

Semble une jeune épouse, et sous le ciel sommeille, Longs cheveux, seins épars, bras ployés à demi.

Mais dans la brume fantastique

J’ai vu sa robe d’un blanc pur

Non, c’est le marbre d’un portique.

Une Pomone, un Mars antique,

Sous les ifs au feuillage obscur.

Pourquoi battre si vite à ces folles idées.

Mon cœur? mon pauvre cœur, pourquoi t’enfler ainsi.

POÉSIES

Et dans mon sein bondir à vagues débordées?

.l'ai beau regarder... rieii... Je me dévore ici; E’ombrageest sans fraîcheur... Oh ! pourvuqu’eile vienne! Oh! seulement rentendre! oh! seulement la voir! Seulement son soupir, ou sa main dans la mienne.

Ou les plis de son schall qui flotte au vent du soir!

Et durant l’ardente prière Déjà luisait l’heureux moment;

Car elle, arrivant par derrière,

M’avait aperçu la première,

Et couvrait de baisei’s l’amant.

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