‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 45 sur 150 · I.MITÉ DE KIRKE WHITE · texte numérisé non relu

I.MITÉ DE KIRKE WHITE

Puisque, sourde à mon vœu, la fortune jalouse Me refuse un toit chaste ombragé d’un noyer. Quelques êtres qu’on aime et qu’on pleure, une épouse. Et des amis le soir, en cercle à mon foyer,

O nobles facultés, ô puissances de Tàme,

Levez-vous, et versez à ce cœur qui s’en va L’huile sainte du fort, et ranimez sa flamme;

Qu’il oublie aujourd’hui ce qu’hier il rêva.

Lorsque la nuit est froide, et que seul, dans ma chambre, Près de mon poêle éteint j’entends siffler le vent, Pensant aux longs baisers qu'en ces nuits de décembre Se donnent lès époux, mon cœur saigne, et souvent.

POÉSIES

Bien souvent je soupire, et je pleure, et j’écoute. Alors, ô saints élans, ô prière, arrivez;

Vite, einportez^nioi haut sous la céleste voûte,

A la troisième enceinte, aux parvis réservés!

Que je perde à mes pieds ces plaines nébuleuses.

Et l’hiver, et la bise assiégeant mes volets;

Que des sphères en rond les orgues merveilleuses Animent "sous ses pas le jaspe des palais;

Que je voie à genoux les anges sans paroles;

Qu’aux dômes étoilés je lise, triomphant.

Ces mots du doigt divin, ces mystiques symboles. Grands secrets qu’autrefois connut le monde enfant;

Que lisaient les vieillards des premières années.

Qu’à ses fils en Chaldée enseignait chaque aïeul... Sans plus songer alors à mes saisons fanées. Peut-être j'oublierai qu’ici-bas je suis seul.

Page 1