‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 5 sur 150 · Ceci s’écrivait sous le ministère iMarlignac · texte numérisé non relu

Ceci s’écrivait sous le ministère iMarlignac

VIE T)E JOSEPH DELORME

Triste et conimim effet des troubles domestkiues !

A quoi tiennent, mon Dieu, les vertus politiques?

Combien doivent leur faute à leur sort rigoureux,

Et combien semblent purs qui ne furent qu’heureux !

et qu’il enviait un divin poète d’avoir pu dire, parlant à sa lyre tant chérie ;

Des partis l’haleine glacée .

Ne t’inspira point tour à tour : , . .

Aussi chaste que la pensée,

Nul souffle ne t’a caressée - •

Excepté celui de l’amour I

^ Par ses goûts, ses études et ses amitiés, surtout à ^la fin, Joseph appartenait d’esprit et de cœur à cette jeune école de poésie qu’André Chénier légua au XIX® siècle du pied de l’échafaud, et dont Lamartine, Alfred de Vigny, Victor Hugo, Émile Deschamps, et dix autres après eux, ont recueilli, décoré, agrandi le glorieux héritage. Quoiqu’il ne se soit jamais essayé qu’en des peintures d’analyse sentimentale et des paysages de petite dimension, Joseph a peut-être le droit d’être compté à la suite, loin, bien loin de ces

Inoms célèbres. S’il a été sévère dans la forme, et pour ainsi dire religieux dans la facture ; s’il a exprimé au vif et d’un ton franc quelques détails pittoresques ou ''domestiques jusqu’ici trop dédaignés; s’il a rajeuni ou refrappé quelques mots surannés ou de basse bourgeoisie exclus, on ne sait pourquoi, du langage poétique; si enfin il a constamment obéi à une inspiration naïve et s’est toujours écouté lui-même avant de chanter, on voudra bien lui pardonner peut-être l’individualité et la monotonie des conceptions, la vérité un peu crue, l'horizon un peu borné de certains tableaux; du moins son passage ici-bas dans l’obscurité et dans les pleurs n’aura pas été tout à fait perdu pour l’art: lui aussi, il aura eu sa part à la grande œuvre; lui aussi, il aura apporté sa pierre toute taillée au seuil du temple; et peut-être sur cptte pierre, dans \ les jours à venir, on relira quelquefois son nom.

Paris, février 1829.

POÉSIES

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