Léopold Robert, qui venait de mourir
PENSÉES D’AOUT
Et c’était de tous points, dans l'actif univers, Retentissant en vous par salves de concerts,
Comme un chant d’orgue qui s’essaie.
D'un orgue mal dompté, mais sonore et puissant,
A l’Océan ému pareil, et mugissant,
Et dont le timbre humain s’effraie;
Jusqu’à ce ([ue, rompant ces échos du Sina,
Une note plus claire, un Salve Regina,
Tout à coup repousse la brume.
Se glisse, s’insinue aux rameaux trop épais.
Donne au confus murmure un air divin de paix.
Et blanchisse la belle écume!
Apaisez voire cœur, car jusqu’ici vos nuits S’en allaient sans rosée en orageux ennuis,
Et vous fatiguaient de mystères;
Les étoiles, sur vous, inquiétants soleils.
Nouaient leurs mille nœuds, et de feux non pareils Brûlaient vos rêves solitaires!
Jusqu’à ce que, naissant à propos, ait marché Une étoile plus blanche; et d’un flambeau penché Elle a mis son jour sur la scène.
Et la molle lueur a débrouillé les deux,
Et les nœuds ont fait place au chœur harmonieux Que la lune paisible mène !
Et, la lune endormie à son tour se couchant Tout bientôt ne devient, le matin approchant, Qu’une même et tendre lumière.
Comme en venant j’ai vu, vers l’aube, près de Blois, Ciel, coteaux, tout blanchir et nager à la fois En voti’e Loire hospitalière!
Aux Rangeardières, près Angers, 4 août 1835.
SONNET
A MADAME P
Heureux, loin de Paris, d’errer en ce doux lieu.
Je venais de quitter le petit bois des Dames,
Et m’écartant de l'Oise, où lavaient quelques femmes. J'allais, gai A illa geois, légei’, en sarrau bleu.
Chapeau de paille au front, du côté de Saint-Leu,
Quand soudain, me tournant vers le couchant enflammes. Je vis par tout le pré des millions de trames.
Blancs fils de bonne Vierge aux longs réseaux de feu.
Des nappes du fin lin la terre était couverte.
Et les chaumes restants et les brins d'herbe verte Semblaient un champ de lis subitement levé ;
— Des bi'ebis, tout au loin, bondissaient, blonde écume ;
Et moi, dont l'œil se mouille et dont le front s'allume, Tête nue, adorant, je récitai Y Ave. ^
Précy, 9 octobre.
PENSÉES D’AOUT